Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/263

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LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA.

Il faut conserver la langue française au Canada. Voilà une proposition qui n’a guère besoin de preuves. Il suffit d’interroger son cœur, il suffit de jeter un coup d’œil sur le passé du peuple canadien, il suffit de songer un instant aux belles et grandes choses accomplies par des Français sur cette terre du Canada pour se convaincre que ce serait une véritable apostasie nationale que de renoncer à notre langue. Et peu nombreux sont les Canadiens-français qui osent se dire prêts à abandonner la langue française. Il est vrai que nos champs ne cesseraient pas de se couvrir chaque année d’abondantes moissons ; que notre majestueux fleuve continuerait, comme par le passé, à rouler ses eaux vers l’Océan ; que nos villes ne seraient pas englouties, nos campagnes dépeuplées et nos forêts détruites ; il est vrai, en un mot, que les richesses dont la Providence a daigné nous combler ne s’en iraient pas en fumée si nous abandonnions la langue de nos pères pour adopter celle de nos conquérants. Mais rappelons-nous que les peuples, comme les individus, ne vivent pas seulement de pain.

Chaque homme, pour vivre, a besoin de la parole de Dieu. C’est-à-dire qu’il ne doit pas seulement suivre les enseignements de l’Église, mais qu’il lui faut, de plus, accomplir ici-bas l’œuvre spéciale que Dieu lui a assignée. Car Dieu n’a rien laissé au hasard ; ou pour mieux dire le hasard n’est qu’un mot, un mot impie inventé par le paganisme. Peut-on supposer que Celui qui voit tomber le passereau, qui a compté les cheveux de notre tête ; peut-on supposer que Celui qui s’est nommé lui-même notre Père céleste et qui nous a enseigné à lui demander chaque jour notre pain quotidien ; peut-on supposer, dis-je, que Celui-là n’ait pas tracé à chacun de nous une carrière particulière ? Oui, tout homme a sa