Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/461

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minerai : ce sont les prospectors. Selon des calculs déjà faits, ils réussissent peut-être dans la proportion de un sur mille. Il arrive souvent que ces prospectors profitent de quelques indices insignifiants pour en abuser de plus naïfs qui perdent leur argent en achetant un morceau de terre inutile ; et c’est déjà l’un des nombreux abus de ce genre de spéculation. Ceux qui ont été pris les premiers tâchent à leur tour d’y faire passer les autres ; et ainsi de suite. Cela ressemble à un engrenage qui attire et broie tout. Si les ouvriers mineurs ne perdent pas d’argent dans leur travail, ils y laissent par contre un bien inappréciable : la santé. Ainsi les affaires minières étant problématiques de leur nature, elles n’exigent par conséquent aucune règle, aucune méthode, et il ne reste en définitive que les ressources d’un jeu généralement peu recommandable. Quant à ceux qui placent leurs capitaux dans les Smelting Works (usines où l’on fond le minerai pour en retirer le métal), ils ne font rien autre chose que de spéculer sagement comme tout industriel ou marchand quelconque. Ce qu’il y a de malheureux, c’est de se livrer tout simplement au hasard, ou à des spéculations peu délicates ; et il faut le dire, la plupart des grandes fortunes acquises dans les mines proviennent de ces spéculations. Cette pratique aussi pernicieuse que fatale, creuse tous les jours un gouffre immense où vont s’engloutir pour jamais des fonds amassés péniblement pendant des années ; et les conséquences désastreuses qui en découlent sont d’autant plus irréparables qu’il ne reste plus de possibilité de recouvrement, tant le courant créé par l’ambition des richesses est irrésistible dans son entraînement et inexorable dans ses ruines.

Je suis donc loin d’encourager qui que ce soit d’émigrer pour aller chercher fortune dans les mines, les risques étant trop nombreux et les chances trop rares. Il vaut mieux s’en rapporter à l’expérience de ceux qui ont perdu, pour éviter des tentations dangereuses et pour se rendre à l’évidence de faits parlant plus qu’il ne faut par eux-mêmes. En tout cas, la vérité dans cette matière, c’est la réalité, et la réalité ne réussira jamais qu’à faire tomber les illusions.

Rien n’est pénible comme cette fièvre qui s’empare des