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LE SECRET.


LIVRE PREMIER.


CHAPITRE PREMIER.

Le 23 août 1829.


« Ira-t-elle bien jusqu’à demain ?

— Regardez l’horloge, Joseph.

— Minuit dix minutes. Une nuit de plus, qu’elle aura duré. Quoi qu’il arrive, Robert, elle aura vu les dix premières minutes de cette journée. »

Ce dialogue s’était engagé dans la cuisine d’une grande maison de campagne, située sur la côte occidentale du pays de Cornouailles. Les interlocuteurs étaient deux des domestiques mâles du capitaine Treverton, officier de marine, et l’aîné des représentants masculins d’une ancienne famille du pays. Les deux serviteurs se parlaient à l’oreille, sotto voce, serrés l’un contre l’autre, et jetant un regard inquiet vers la porte, à chaque intervalle de silence.

« Ce n’est pas une chose de peu de conséquence, dit le plus âgé, que de nous trouver ainsi, tous deux, seuls, à cette heure de silence et de ténèbres, comptant les derniers moments de vie qui restent à notre maîtresse.

— Robert, dit l’autre, baissant encore la voix, de manière à être à peine entendu, vous servez ici depuis votre enfance. Avez-vous jamais entendu dire que madame fut une comédienne à l’époque où l’épousa monsieur ?

— Comment avez-vous su cela ? demanda vivement le vieux domestique.