Page:Collins - Le Secret.djvu/39

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jours courant, put en mettre à tracer les lettres dont elles étaient formées, elle écrivit quelques lignes destinées au capitaine Treverton. Elle y avouait l’existence d’un secret dont la révélation avait été mise à la charge de sa conscience, et que, néanmoins, elle avait gardé ; ajoutant que, en toute bonne foi, elle ne croyait lui occasionner, ni à lui ni à personne de sa famille, aucune sorte de mal, en lui taisant ce qu’il lui avait été ordonné de divulguer. Elle terminait en lui demandant pardon de quitter sa maison ainsi, à la dérobée, sans dire où elle allait, et en implorant de lui, comme grâce suprême, de ne rien faire pour retrouver ses traces. Ce billet cacheté, l’adresse mise, elle le plaça bien en vue sur sa table. De nouveau elle prêta l’oreille à la porte, et, bien assurée que personne encore ne bougeait, elle se mit à descendre, pour la dernière fois, les escaliers de Porthgenna-Tower.

Parvenue à l’entrée du corridor qui menait à la nursery, elle fit halte. Les pleurs qu’elle retenait depuis qu’elle avait quitté sa chambre recommencèrent à couler de plus belle. Quelque pressée qu’elle dût être maintenant de partir sans perdre une minute, par une inconséquence vraiment singulière, elle fit quelques pas vers la porte de la nursery. Mais à ce moment même, un léger bruit venu du bas de la maison frappa son oreille, et l’empêcha de faire un pas de plus. Pendant ce moment d’hésitation, le chagrin dont elle était dévorée, chagrin plus âpre que rien, dans sa conduite, n’eût pu jusque-là le faire soupçonner, lui arracha tout à coup, montant à ses lèvres, un profond sanglot. Ce bruit involontaire sembla lui rendre, en l’effrayant, le sentiment du danger que lui ferait courir chaque minute de retard. Elle courut vers l’escalier, descendit sans encombre jusqu’au sous-sol, et sortit du manoir par cette même porte, donnant sur les jardins, que le domestique, au point du jour, avait ouverte pour elle.

Une fois hors de l’enclos de Porthgenna-Tower, au lieu de prendre, à travers la lande, le sentier le plus proche menant à la grande route, elle se détourna vers l’église ; mais, avant d’y arriver, elle s’arrêta près du puits banal creusé dans le voisinage des huttes habitées par les pêcheurs de Porthgenna. Non sans promener d’abord un regard soupçonneux autour d’elle, elle jeta dans ce puits la petite clef rouillée qu’elle avait emportée de la Chambre aux Myrtes ; puis elle pressa le pas et pénétra dans l’enceinte du cimetière. Elle se dirigea en