Page:Combes - Essai sur les idées politiques de Montaigne et La Boëtie.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plus que cela, puisque Montaigne n’osa pas le mettre dans ses Essais, au chapitre de l’Amitié, et qu’il se contenta de nous donner quelques sonnets de La Boëtie, des vers inoffensifs, à la place d’une prose brûlante. Les protestants ne s’y étaient pas trompés. Tout ce qui nous occupe aujourd’hui et trop souvent nous divise, questions sociales et questions politiques, philosophie et religion, s’agitait au siècle de la Renaissance, au siècle du réveil des anciens, et l’idée antique, l’idée républicaine revenait. Calvin avait touché à ces questions dans son livre de l’Institution Chrétienne ; et certainement le calvinisme, avec l’élection pour base de tout, avec le libre arbitre comme source unique du pouvoir et de la foi, conduisait à la république et non à la monarchie. C’étaient de grands révolutionnaires que ces réformateurs du xvie siècle, tout dévots qu’ils étaient. Les temps actuels leur appartiennent. « En ce révolutionnaire, dit Louis Blanc parlant de Luther, dans son Introduction à l’histoire de la Révolution française, le moine resta. » Il recula d’horreur, ajoute-t-il, à la vue des « anabaptistes, à la vue de la fosse immense qu’il creusait. Mais il avait beau faire : tout réformateur religieux amène nécessairement un réformateur politique. »

C’est bien ce que disait Bossuet, lorsque appréciant la révolution anglaise, dans l’oraison funèbre d’Henriette de France, reine d’Angleterre, il s’écriait : « Oui, Messieurs, toute secte forme un parti dans l’État… » Mais qui s’inquiétait alors du xvie siècle, au milieu des splendeurs tranquilles du xviie ? Qui prévoyait la Révolution française ? C’est la République pourtant qui était sortie du calvinisme, dans les Provinces-Unies des Pays-Bas, dans la ville de Genève, et un peu plus tard en Angleterre avec les puritains et Cromwell ; c’est la République que Calvin défendait à Genève contre les ducs de Savoie, aïeux des rois d’Italie. Calvin, Hotman, Bodin, Montaigne, Rabelais enfin dans Gargantua et Pantagruel, publicistes catholiques, publicistes huguenots, publicistes neutres ou humoristiques comme Rabelais et un peu Montaigne, étudiaient ces questions importantes de républi-