Page:Comeau - La vie et le sport sur la Côte Nord du Bas Saint-Laurent et du Golfe, 1945.djvu/153

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Tragédie sur la Côte Nord



DANS l’automne de 1870, un pauvre pêcheur du nom de Ouellet, s’en revenait un jour chez lui, à la Rivière-Ouelle. Il avait fait la pêche à Percé et au bassin de Gaspé. La morue avait peu donné, et le temps avait été orageux, et trente-huit dollars était tout ce qu’il avait pu retirer comme recettes d’un travail très pénible.

Pour économiser, il avait décidé de retourner chez lui dans son bateau, une barge de vingt-cinq pieds de quille.

Un jour, tard en octobre, par un gros vent de sud-ouest, il jeta l’ancre, pour se mettre à l’abri, à Sainte-Anne-des-Monts. Une petite embarcation vint de terre à sa rencontre. Celui qui l’occupait était un homme d’une cinquantaine d’années. Il échangea les saluts d’usage avec Ouellet. Après quelques questions ordinaires, Poitras, c’était le nom de l’individu, l’invita à se rendre à terre.

— Les nuits sont longues et froides, ajouta-t-il, et une maison chaude est bien préférable à un bateau ouvert à tous les vents.

Ouellet accepta avec plaisir.

Après le souper, en fûmant la pipe Poitras apprit tout ce qu’il voulait savoir, combien Ouellet avait d’argent, où il allait, et ce qu’il pouvait avoir à bord de son bateau.

Tout ce qui appartenait à Ouellet se montait à la valeur de cent piastres, c’était suffisant pour allumer la cupidité de Poitras, et dès ce moment-là, le sort de Ouellet fut réglé.

Comment s’en débarrasser, telle fut l’unique préoccupation de Poitras, qui connaissait bien la Côte