Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/132

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connaissances qui servent de base à toutes les autres spéculations réelles. Quoique cette stricte obligation conduise nécessairement à placer au début les études purement mathématiques, il faut pourtant considérer qu’il ne s’agit pas encore d’établir une systématisation directe et complète de l’instruction populaire, mais seulement d’imprimer convenablement l’impulsion philosophique qui doit y conduire. Dès lors, on reconnaît aisément qu’un tel mouvement doit surtout dépendre des études astronomiques, qui, par leur nature, offrent nécessairement la pleine manifestation du véritable esprit mathématique, dont elles constituent, au fond, la principale destination. Il y a d’autant moins d’inconvénients actuels à caractériser ainsi le couple initial par la seule astronomie, que les connaissances mathématiques vraiment indispensables à sa judicieuse vulgarisation sont déjà assez répandues ou assez faciles à acquérir pour qu’on puisse aujourd’hui se borner à les supposer résultées d’une préparation spontanée.

Cette prépondérance nécessaire de la science astronomique dans la première propagation systématique de l’initiation positive est pleinement conforme à l’influence historique d’une telle étude, principal moteur jusqu’ici des grandes révolutions intellectuelles. Le sentiment fondamental de l’invariabilité des lois naturelles devait, en effet, se développer d’abord envers les phénomènes les plus simples et les plus généraux, dont la régularité et la grandeur supérieures nous manifestent le seul ordre réel qui soit complètement indépendant de toute modification humaine. Avant même de comporter encore aucun caractère vraiment scientifique, cette classe de conceptions a surtout déterminé le passage décisif du fétichisme au polythéisme, par-