Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/29

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de cette limite idéale autant que l’exigent nos divers besoins réels. Ce second genre de dépendance, propre aux spéculations positives, se manifeste aussi clairement que le premier dans le cours entier des études astronomiques, en considérant, par exemple, la suite des notions de plus en plus satisfaisantes, obtenues depuis l’origine de la géométrie céleste, sur la figure de la Terre, sur la forme des orbites planétaires, etc. Ainsi, quoique, d’une part, les doctrines scientifiques soient nécessairement d’une nature assez mobile pour devoir écarter toute prétention à l’absolu, leurs variations graduelles ne présentent, d’une autre part, aucun caractère arbitraire qui puisse motiver un scepticisme encore plus dangereux ; chaque changement successif conserve d’ailleurs spontanément aux théories correspondantes, une aptitude indéfinie à représenter les phénomènes qui leur ont servi de base, du moins tant qu’on n’y doit pas dépasser le degré primitif de précision effective.

Depuis que la subordination constante de l’imagination à l’observation a été unanimement reconnue comme la première condition fondamentale de toute saine spéculation scientifique, une vicieuse interprétation a souvent conduit à abuser beaucoup de ce grand principe logique pour faire dégénérer la science réelle en une sorte de stérile accumulation de faits incohérents, qui ne pourraient offrir d’autre mérite essentiel que celui de l’exactitude partielle. Il importe donc de bien sentir que le véritable esprit positif n’est pas moins éloigné, au fond, de l’empirisme que du mysticisme ; c’est entre ces deux aberrations, également funestes, qu’il doit toujours cheminer : le besoin d’une telle réserve continue, aussi difficile qu’importante, suffirait