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SAINT JEAN DE DIEU

bienheureux ne se fit pas attendre. « La charité qui l’avait fait vivre allait aussi le faire mourir ».

À force de prières, ses religieux, qui le voyaient épuisé, l’avaient décidé à garder le lit quelques jours, lorsqu’on vint lui dire que le fleuve Xenil, qui coule aux environs de Grenade, était débordé. Jean se représente tous les maux que l’inondation va causer : il oublie sa faiblesse, sa maladie, et court au rivage. Un homme qui s’était trop avancé dans l’eau était en grand péril. Le saint s’en aperçoit, il s’élance à la nage tout vêtu, et ramène l’imprudent que le courant allait emporter.

Cet effort lui coûta la vie.

Rentré dans son hôpital, Jean, qui sentait la mort s’approcher, s’étendit sur son grabat. « C’était un petit chariot d’osier, beaucoup trop court pour sa taille, qui lui avait été légué par un paralytique mort entre ses bras ». On ne put jamais obtenir qu’il se laissât transporter sur un lit.

Mais, à la nouvelle de sa maladie, de grands personnages firent des démarches auprès de l’archevêque. Il fut décidé que le saint serait transféré de l’hôpital à une maison particulière où un air pur et les soins les plus éclairés lui étaient assurés.

Sur l’ordre écrit de l’archevêque, Jean se laissa enlever de son grabat. Mais lorsqu’il fallut sortir de l’hospice, les pauvres, les malades se pressèrent autour du brancard, sanglotant, criant qu’ils ne laisseraient point partir leur père.

Leurs cris attirèrent le peuple de Grenade dont Jean était adoré.

La foule grossissant de minute en minute, l’alcade dut appeler la force armée afin d’arracher le saint à ses pauvres et de le protéger contre la vénération du peuple.

Sous cette imposante escorte, l’humble religieux traversa une dernière fois les rues de Grenade, ces rues où si souvent il avait crié :

« Faites le bien, faites le bien pour l’amour de Dieu » !