Page:Conan - Silhouettes canadiennes, 1917.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
114
silhouettes canadiennes

paraît-il, dès 1668. C’est de ce foyer — lieu de son repos et de ses joies — que sa forte race s’est répandue au loin, emportant d’immortelles traditions de foi, d’honneur et de patriotisme.

Encore que les voyages fussent alors si longs, si pénibles, les plus grands personnages du pays visitaient Pierre Boucher. Le premier prêtre qui entra dans sa maison fut l’illustre Père Marquette. Accompagné de Louis Jolliet, il venait, avant de partir pour les missions de l’Ouest, faire ses adieux au fondateur de Boucherville.

Pierre Boucher avait le mâle bon sens supérieur au génie même, mais les aventures, alléchées d’inconnu et de danger, faisaient vibrer en lui des fibres bien profondes : ce dut être avec une émotion mêlée d’envie qu’il vit partir les deux immortels découvreurs.

Comme le glorieux fondateur de Montréal, Pierre Boucher avait mis ses colons sous la protection de la Vierge. Comme Maisonneuve aussi, il organisa une congrégation de Marie et, jusqu’à sa mort, il en fut le président. Les premiers prêtres desservants de la paroisse résidèrent au manoir, et une partie de la maison était à la disposition de la Sœur Bourgeoys qui venait, chaque été, enseigner le catéchisme et faire l’école aux enfants. Comme l’admirable femme devait applaudir aux efforts de Pierre Boucher ! Avec quel intérêt elle devait suivre ses travaux !

Il savait prendre le bon côté des choses ; la forêt qui s’avançait jusqu’au seuil de la maison ne lui semblait pas une ennemie. « Le gibier vient se faire tuer, dit-il dans l’Histoire véritable et naturelle de la Nouvelle-France, le bois ne coûte qu’à bûcher et à apporter au feu, et plus on fait grand feu, plus on abât de la forêt et l’on se fait des terres nouvelles. »