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jeanne leber

les voiles, et, devant cet anéantissement du Dieu de gloire, devant cet amour infini du Tout-Puissant pour nous — êtres de misères — son âme défaillait. Tout ce que Jésus-Christ souffre au Saint-Sacrement, de l’indifférence, de l’ingratitude des hommes, elle le ressentait profondément, et ses larmes coulaient brûlantes à la pensée du Christ-amour outragé, délaissé, oublié, solitaire.

Pour lui adoucir l’ennui, la tristesse de ces heures si longues, où il n’a pas un adorateur, elle se levait chaque nuit, et à genoux dans sa chambre, lui prodiguait les paroles de tendresse et de flamme.

Le rêve de cette jeune fille, c’était de vivre à côté du tabernacle, jour et nuit prosternée aux pieds du Maître adoré. Et ce rêve allait se réaliser.



Contre toute attente, mais à l’admiration de Ville-Marie et du pays tout entier, Marguerite Bourgeoys venait de rebâtir la maison de la Congrégation réduite en cendres quelques années auparavant.

Mlle Le Ber, qui vénérait la sainte fondatrice, lui offrit de faire construire une chapelle contiguë à la maison, pourvu que derrière l’autel, on lui ménageât une petite cellule où elle pût vivre et mourir.

Jamais encore les Sœurs n’avaient eu le bonheur de posséder le Saint-Sacrement.

La proposition fut donc accueillie avec une joie extrême par la Sœur Bourgeoys. Les autorités religieuses l’agréèrent également.

Le temps avait prouvé que Jeanne obéissait à un attrait