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silhouettes canadiennes

On logea les Ursulines dans un chétif petit magasin, et avec les enfants qu’il y avait alors à Québec, on leur amena les néophites huronnes. Les religieuses se mirent immédiatement à l’étude des dialectes du pays ; et tant que les naturels n’eurent pas déserté les centres de civilisation, elles se dévouèrent aux petites sauvagesses comme aux petites françaises.

Le jour de l’arrivée des Ursulines, le gouverneur, M. de Montmagny, leur « avait départi et distribué six arpents de terre ou environ, en nature de bois, en la ville de Québec. » Au printemps de 1641, les défrichements étaient assez avancés pour qu’on se mit à bâtir, et au mois de novembre 1642, les Ursulines entrèrent dans leur monastère. « Il y restait à faire plus qu’il n’y avait de fait, » et elles pensèrent mourir de froid. Cependant ni les souffrances, ni l’insécurité où il fallait vivre, ne purent ébranler leur constance. Ce qu’elles avaient osé entreprendre, elles surent l’accomplir. Alors que la pauvreté était si grande dans la colonie, elles virent deux fois le feu consumer tout ce qu’elles possédaient. Mais les pires désastres semblaient accroître leur ardeur. Au lendemain des incendies, sans asile, sans pain, presque sans vêtements, elles reprenaient leur œuvre d’éducatrices ; et si l’éducation est la communication de l’intime, que n’ont-elles pas déposé au fond des cœurs de foi robuste, de saine vigueur, d’héroïque vaillance.

Ces religieuses qui nous apparaissaient tout illuminées de surnaturel, avaient plus à cœur que personne l’affermissement de la colonie. Lorsque les continuels périls s’aggravaient, que tout semblait perdu : « Mon Dieu », s’écriait une de ces saintes femmes qui s’offraient sans cesse en victime pour le pays, « effacez mon nom du livre de vie, plutôt que de permettre la destruction de la Nouvelle-France. » « Il n’y a que Dieu qui empêche les sauvages de voir comme nous