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Après la prise de Québec, les blessés anglais encombrèrent longtemps le monastère. Le généreux soin que les religieuses en prirent leur valut l’estime et la bienveillance du général Murray. Il mit les Ursulines à la solde du roi d’Angleterre et tous les jours fit servir à chacune une ration. La misère était partout à son comble. Un grand nombre de familles furent plusieurs mois sans voir du pain, et pour ajouter à tous les maux de la guerre, la banqueroute du gouvernement français fit perdre aux Canadiens quarante millions de francs. Pour ces abandonnés qui avaient tout sacrifié à la défense du pays, ce fut la ruine dans toute son horreur, et, désespérant de l’avenir, beaucoup de familles s’embarquèrent pour la France. « Il semblait au peuple canadien », dit l’Histoire des Ursulines, « qu’il était ce navire détaché de ses ancres, battu par la tempête, dont les pièces disjointes s’en vont bientôt une à une à la dérive. »

Cependant, à peine déchargées des blessés, les religieuses ouvrirent leurs classes. Françaises de sentiment et de pensées, elles surent s’élever au-dessus des amertumes du présent et des inquiétudes de l’avenir. Dans les événements, elles voyaient l’action de la Providence, et tout en versant de nobles larmes, elles mirent admirablement en pratique cette maxime de leur grande Marie de l’Incarnation : « Quand on s’est donné à Dieu, il faut le suivre où il veut et se perdre dans sa sainte volonté. » La dignité et la sagesse de leur conduite leur concilièrent tout d’abord les autorités nouvelles. On leur laissa la plus entière liberté de continuer leur œuvre. Mais la lutte contre la pauvreté fut rude et longue, et une gêne plus amère s’ajouta bientôt à toutes les autres. La politique britannique prohibait sévèrement l’importation des livres français. Il en résulta une disette qui fut pour les Ursulines, comme pour tous les corps ensei-