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mère marie de saint-joseph

venait chercher la Mère de l’Incarnation pour fonder, au Canada, un foyer d’instruction.

Le P. de Condren et M. Vincent (saint Vincent de Paul) avaient approuvé le projet. L’archevêque de Tours l’agréait. « Est-ce bien possible, disait le bon prélat, que Dieu veuille choisir de mes filles pour un dessein si glorieux ? Y en a-t-il qui veuillent exposer leur vie si généreusement ? »

Il ordonna que Madame de la Peltrie fut reçue dans le monastère comme lui-même.

D’après la Mère de l’Incarnation, « il semblait qu’elle apportât la joie du paradis. » Le difficile, dit-elle, était de me choisir une compagne, car toutes le voulaient être.

Comme Madame de la Peltrie ne décidait rien sans consulter M. de Bernières[1], les religieuses allaient en foule au parloir prier M. de Bernières de les recommander.

Seule, Marie de la Troche n’osait s’offrir. C’est pourtant cette frêle, tendre et délicieuse jeune fille que la Mère de l’Incarnation se décida à demander. Elle-même la présenta à M. de Bernières qui la jugea éminemment propre à l’apostolat et, à l’étonnement général, Marie de saint-Bernard finit par réunir tous les suffrages. Il restait à obtenir le consentement de ses parents. C’est alors que la généreuse religieuse eut recours à saint Joseph, faisant vœu de porter son

  1. L’illustre et saint M. de Bernières-Souvigny fut l’ange visible de la fondation de Québec, disait Marie de l’Incarnation. On sait le rôle extraordinaire qu’il joua auprès de Madame de la Peltrie et comment il l’avait demandée en mariage pour la défendre contre les persécutions de son père qui voulait la forcer de se remarier. À ceux qui s’étonneraient que Madame de la Peltrie ait eu recours à ce stratagème, je rappellerai que nous n’avons plus l’idée de ce qu’était alors l’autorité paternelle. C’était au point que le grand Condé, le vainqueur de Rocroi, n’osa pas résister à son père et se laissa marier malgré lui comme une petite pensionnaire.