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mère marie de saint-joseph

trie la réclama d’abord comme une faveur, mais jamais personne ne s’en acquitta avec plus de joie que la Mère Saint-Joseph. Sa douceur, sa grâce et sa gaieté, lui gagnaient vite le cœur de ces enfants des bois. Il est vrai que, quatre jours après son entrée, sa première élève, Marie Négabamat[1], mit sa robe en pièces et se sauva, ennuyée d’être renfermée, mais son père la renvoya et, ensuite, elle se laissa conduire comme un petit agneau.

La Mère Saint-Joseph apprit le huron et l’algonquin avec une singulière facilité. Le P. Lejeune venait chaque jour en donner des leçons aux religieuses et, témoins des labeurs du maître et des élèves, les petites sauvagesses disaient aimablement : « Que nous voudrions vous donner nos langues ! »

Elles faisaient la révérence comme Madame de la Peltrie et s’efforçaient d’imiter leurs maîtresses, mais il était bien difficile de les former à la propreté. Tous les jours, les pauvres Ursulines trouvaient, dans leurs aliments, des cheveux, des charbons, etc., etc., et, en trempant leur soupe, il leur arrivait parfois de tirer un mocassin de la marmite. Ajou-

  1. Le père de cette enfant fut le premier sauvage qui consentit à se fixer à Sillery. Il craignait un piège, et voici le discours qu’il tint au P. Lejeune, avant de se décider : « Père Lejeune, tu es déjà âgé et partant, il ne t’est plus permis de mentir. Donc, prends courage, dis hardiment la vérité. N’est-il pas vrai que tu m’as promis de me loger dans cette maison qu’on bâtit et de nous aider à défricher, moi et une autre famille. Voici Nenas Mousuat avec lequel je me suis associé. Nous venons voir si tu persistes en ta parole. Prends garde à ce que tu vas faire. Si tu veux mentir, dépêche-toi, avant de nous mettre dans une maison pour nous en faire sortir. Nous jouissons de quelque considération parmi ceux de notre nation. Si l’on nous voyait trompés par vous autres, on se moquerait de nous, ce qui nous fâcherait. » Le P. Lejeune l’ayant assuré qu’il n’avait rien à appréhender, le sauvage répliqua : « Ho, ho, que tu dis de bonnes choses ! si tu ne mens point. Mais pourquoi mentirais-tu, n’étant plus enfant ? »