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VIE DE VOLTAIRE.


haine. Cependant il respectait en lui la gloire de la France, et ne voyait pas sans orgueil l’admiration de l’Europe placer un de ses sujets au premier rang des hommes illustres. Sa mort ne changea rien au sort de Voltaire, et M. de Maurepas joignait aux préjugés de Fleury une haine plus forte encore pour tout ce qui s’élevait au-dessus des hommes ordinaires.

Voltaire avait prodigué à Louis XV, jusqu’à son voyage en Prusse, des éloges exagérés, sans pouvoir le désarmer ; il avait gardé un silence presque absolu depuis cette époque, où les malheurs et les fautes de ce règne auraient rendu ses louanges avilissantes. Il osa être juste envers lui après sa mort, dans l’instant où la nation presque entière semblait se plaire à déchirer sa mémoire ; et on a remarqué que les philosophes, qu’il ne protégea jamais, furent alors les seuls qui montrassent quelque impartialité, tandis que des prêtres chargés de ses bienfaits insultaient à ses faiblesses.

Le nouveau règne offrit bientôt à Voltaire des espérances qu’il n’avait osé former. M. Turgot fut appelé au ministère. Voltaire connaissait ce génie vaste et profond, qui, dans tous les genres de connaissances, s’était créé des principes sûrs et précis auxquels il avait attaché toutes ses opinions, d’après lesquelles il dirigeait toute sa conduite, gloire qu’aucun autre homme d’Etat n’a mérité de partager avec lui. Il savait qu’à une âme passionnée pour la vérité et pour le bonheur des hommes, M. Turgot unissait un courage supérieur à toutes les craintes, une gran-