Page:Considerant - Théorie générale de Fourier.djvu/15

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limite du développement social. On trouvera dans les ouvrages de Fourier une analyse complète de toutes les phases du mouvement social et principalement des périodes d’harmonie. Il est le premier qui ait démontré que toutes les forces émanant de la nature humaine tendaient nécessairement à l’accomplissement de la Destinée et devaient être placées dans des circonstances propres à leur donner tout leur essor, pourvu qu’elles soient dirigées vers ce but. Des esprits superficiels ont pu seuls supposer qu’il était question dans la théorie de Fourier de laisser un champ libre et indéterminé aux passions. L’organisation du travail prouve au contraire que si les passions humaines ne sont point appliquées directement ou indirectement à la tâche départie à l’humanité dans le travail de la nature, elles deviennent des causes de désordre et de souffrances. Cette idée est d’une vérité tellement saisissable qu’on peut s’étonner à bon droit de la voir si mal comprise par quelques-uns. L’homme a été placé sur la terre assurément dans un but providentiel, et sans doute aussi la nature de son être, ses facultés physiques, intellectuelles et passionnelles lui ont été données en corrélation parfaite avec le but qu’il doit atteindre. Les tendances et l’intensité de ces forces ont été déterminées par la nature même de l’œuvre qu’il était dans sa destinée d’accomplir. Cela étant, et nous ne pensons pas que l’on puisse faire une autre supposition, faut-il s’efforcer d’étouffer dans l’homme ces passions, ces facultés sans lesquelles il ne peut remplir sa fonction dans l’ordre général ? ou bien faut-il au contraire les développer en les employant à l’exercice de la fonction, à l’accomplissement de la tâche sociale, de la destinée sociale, du devoir social de l’humanité ? Il ne saurait y avoir de doute à cet égard. Prendre le premier parti, ce serait anéantir l’être humain pour n’obtenir aucun résultat. Se décider au second, c’est vouloir atteindre le but social, c’est vouloir la vie et le bonheur par les seuls moyens qu’il soit donné à l’homme d’employer.

Nous avons observé comme loi générale du développement des êtres organisés que les relations des différents organes ne tendaient à s’établir et à devenir plus parfaites qu’au fur et à mesure de la formation des centres de vitalité. D’après cette loi, la constitution définitive de l’unité humaine doit être précédée et réalisée par l’organisation normale des éléments. C’est en vain que l’on s’efforcerait de rendre les relations plus faciles, plus fréquentes et plus actives ; si les centres de production ne subissaient aucune modification intime, si leurs développements ne précédaient pas l’extension de la vie de relation, les progrès de ce genre seraient plus illusoires que réels, et la transgression des lois de la vie se manifesterait par des douleurs qui en avertiraient la société.