Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 10, 1839.djvu/255

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son doigt tremblant sur le bras du jeune étourdi sans remords ; est-ce bien la France ?

— On pourrait croire qu’un homme de votre âge pourrait répondre lui-même à cette question. Ne voyez-vous pas le clocher de l’église, avec un château sur le dernier plan, et un village comme un monceau de pierres à côté. Maintenant voyez ce parc, il y a une promenade droite comme le sillage d’un vaisseau lorsque la mer est unie, et une… deux… trois… oh ! onze statues qui n’ont qu’un nez pour elles toutes !

— Ma foi ! je ne vois ni parc, ni château, ni village, ni statues, ni nez ; mais, Monsieur, ma vue est faible. Encore une fois, est-ce la France ?

— Oh ! vous ne perdrez rien pour avoir une mauvaise vue. Je vais vous expliquer tout ce que je verrai sur notre chemin. Vous voyez le flanc de cette montagne qui est là-bas, qui ressemble à une carte d’échantillons, des raies vertes et jaunes, ou à un livre de signaux, avec les pavillons des différentes nations placés côte à côte. Ce sont des champs, et ce beau bois dont les arbres sont si bien rangés qu’ils semblent de nouvelles recrues auxquelles on fait faire l’exercice, c’est la forêt.

La crédulité du sensible valet ne put en avaler davantage, et, prenant un air de commisération et de dignité, il se retira, laissant le jeune élève de marine jouir de sa plaisanterie avec un ami qui était venu le rejoindre.

Pendant ce temps la Coquette avançait toujours. Le château, les églises et les villages du midshipman, se changèrent bientôt en un banc de sable bas avec un arrière-plan de pins rabougris, embellis çà et là par une clairière où l’on voyait l’habitation confortable et les nombreux bâtiments extérieurs de quelques riches paysans, ou quelquefois par la résidence d’un propriétaire campagnard. Vers l’après-midi le faîte d’une hauteur parut s’élever du sein de la mer, et au moment où le soleil se cacha derrière cette barrière de montagnes, le vaisseau passa le cap sablonneux, et jeta l’ancre dans le lieu qu’il avait quitté lorsqu’il fut rejoint par son commandant après la visite de ce dernier au brigantin ; les vergues légères furent amenées, et un canot mis à la mer. Alors Ludlow et l’alderman y descendirent et se dirigèrent vers l’embouchure de la Shrewsbury. Quoiqu’il fût presque nuit avant qu’ils n’atteignissent la terre, il restait encore assez de clarté pour