Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 10, 1839.djvu/260

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savait ce qu’il devait admirer davantage, ou des charmes de cette jeune personne ou de son empire sur elle-même dans une situation que beaucoup d’autres femmes auraient trouvée embarrassante. Alida ne semblait nullement sentir la nécessité d’une explication, car, lorsque ses hôtes furent assis, elle dit en versant du thé.

— Vous me trouvez préparée à vous offrir une tasse de délicieux thé bou. Je crois que mon oncle l’appelle le thé de Caernarvon-Castle.

— C’est un vaisseau qui a du bonheur dans ses traversées et ses marchandises. Oui, c’est l’article que vous nommez, et je puis le recommander à tout le monde. Mais, ma chère nièce, voulez-vous bien avoir la condescendance d’apprendre à un commandant de vaisseau de Sa Majesté et à un pauvre alderman de sa bonne ville de New-York, depuis combien de temps vous attendez notre compagnie ?

Alida prit à sa ceinture une petite montre richement ornée, et en examina les aiguilles comme si elle eût désiré savoir l’heure.

— Il est neuf heures, dit-elle ; je crois que c’est dans l’après-midi que Dinah m’apprit que je pouvais espérer ce plaisir. Mais je devrais vous dire que des paquets qui semblent contenir des lettres sont arrivés de la ville.

Ces mots donnèrent une nouvelle direction aux pensées de l’alderman ; il avait craint d’entrer dans des explications que les circonstances semblaient exiger, parce qu’il savait bien qu’il était placé sur un terrain dangereux, et qu’on pourrait en dire plus qu’il ne voulait que son compagnon en entendît. Il était aussi stupéfait de la tranquillité de sa nièce, et ne fut pas fâché d’avoir une excuse pour retarder une explication qui allait devenir indispensable, et de lire ce que lui apprenaient ses correspondants. Avalant d’une seule gorgée le contenu de la petite tasse qu’il tenait, et saisissant le paquet qu’Alida lui offrait, il murmura quelques mots d’excuses en s’adressant à Ludlow, et quitta le pavillon.

Jusque-là le commandant de la Coquette n’avait pas prononcé une parole. Une surprise mêlée d’indignation lui fermait la bouche, quoiqu’il eût essayé avec ses regards pénétrants de percer le voile qu’Alida avait jeté sur les motifs de sa conduite. Pendant les