Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/108

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caractère politique et officiel. On annonça donc qu’une nouvelle course allait avoir lieu, et que la lice était ouverte à tous les compétiteurs qui se présenteraient, quelles que fussent leur origine ou leurs occupations habituelles. Un aviron d’or, suspendu à une chaîne du même métal, était la récompense que le doge lui-même devait offrir à celui qui montrerait le plus d’adresse dans cette nouvelle lutte, tandis qu’un ornement semblable, en argent, devait être le prix de celui qui arriverait le second ; un petit bateau d’un métal moins précieux formait la troisième récompense. Les gondoles étaient la barque ordinaire des canaux ; et comme le but de cette course était de montrer le talent particulier de la reine des îles, on ne permit qu’à un seul gondolier d’entrer dans chaque gondole : il devait en même temps guider et conduire sa petite barque. Aucun de ceux qui avaient concouru à la première lutte ne fut admis à la nouvelle, et tous ceux qui désirèrent participer à celle-ci reçurent l’ordre de se présenter sous la poupe du Bucentaure, dans un espace de temps prescrit, pour s’y faire reconnaître. Comme c’était un usage établi, l’intervalle entre les deux courses ne fut pas de longue durée.

Le premier qui sortit de la foule des bateaux qui entouraient la place laissée libre aux concurrents fut un gondolier bien connu par son adresse et ses chansons.

— Comment t’appelle-t-on, et dans quel nom mets-tu tes espérances ? lui demanda le héraut.

— Tout le monde me connaît pour être Bartholomeo, qui demeure entre la Piazzetta et le Lido ; et, comme un loyal Vénitien, je mets ma confiance dans saint Théodore.

— Tu as une bonne protection. Prends place, et attends ton sort.

L’habile gondolier agita l’eau avec le revers de l’aviron, et la légère gondole tourna jusqu’au centre de l’espace laissé libre, comme un cygne se jette de côté par un coup subit de ses ailes.

— Et toi, qui es-tu ? demanda l’officier à celui qui se présenta ensuite.

— Enrico, un gondolier de Fusina. Je viens mesurer mon aviron avec ceux des vaniteux de ces canaux.

— En qui places-tu ta confiance ?

— Dans saint Antoine de Padoue.

— Tu auras besoin de son assistance, quoique nous approuvions ton audace. Entre et prends ton rang.