Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/142

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qu’on usât de moins de force, à Venise, pour décider simplement si l’on a tort ou raison. Mais les grands aiment à montrer leur pouvoir, et les faibles doivent se soumettre.

— Nous verrons, répondit Jacopo, qui n’avait laissé paraître aucune émotion lorsque son compagnon avait voulu s’éloigner.

Une profonde tranquillité succéda. Les hallebardiers conservaient leur attitude hostile, ayant l’air de deux statues dans le costume militaire du siècle, tandis que Jacopo et son compagnon occupaient le centre de l’appartement, sans paraître beaucoup plus animés. Il est peut-être utile d’expliquer au lecteur quelques-uns des principes particuliers du gouvernement dans le pays sur lequel nous écrivons. (Cette explication se trouvera liée avec la scène qui va suivre.) Le nom de république, lorsqu’il signifie quelque chose, offre l’idée de la représentation et de la suprématie des intérêts généraux ; mais ce mot de république, qui a si souvent été prostitué à la protection et au monopole des classes privilégiées, pourrait faire croire à l’Américain des États-Unis qu’il y avait au moins quelque ressemblance entre les formes extérieures de ce gouvernement de Venise et les institutions de son pays, plus justes parce qu’elles sont plus populaires.

Dans un siècle où les puissants étaient assez profanes pour prétendre, et les gouvernés assez faibles pour convenir que le droit de l’homme à dominer ses semblables était une émanation directe de Dieu, se départir de ce principe hardi et égoïste, seulement en théorie, suffisait pour donner un caractère de liberté et de sens commun à la politique d’une nation. Cette croyance peut être justifiée jusqu’à un certain point, puisqu’elle établit, en théorie du moins, les fondements d’un gouvernement sur une base différant suffisamment de celle qui suppose que le pouvoir est la propriété d’un seul, et qu’un seul est le représentant du souverain maître de l’univers. Relativement au premier de ces principes, nous n’avons rien à dire, si ce n’est qu’il y a des opinions si éminemment fausses, qu’elles ne demandent qu’à être connues pour amener leur propre réfutation ; mais notre sujet nous entraîne nécessairement dans une courte digression sur les erreurs du second, telles qu’elles existaient à Venise.

Il est probable que lorsque les patriciens de Saint-Marc créèrent en leur propre corps une communauté de droits politiques, ils crurent que l’État avait tout fait pour mériter le beau titre qu’il