Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/187

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— Révérend père, dit-il, puis-je vous demander un moment d’entretien sur une affaire qui concerne l’âme d’un pécheur ?

Bien qu’étonné, le moine ne put hésiter à répondre à cet appel. Obéissant à un geste de l’officier, il le suivit hors de l’appartement à travers la magnifique suite de salons, et descendit avec lui jusque dans sa gondole.

— Vous devez posséder à un haut degré la confiance du sénat, révérend père, observa l’officier, pour avoir été placé près d’une personne à laquelle l’État prend un si grand intérêt.

— Je me trouve honoré de cette confiance, mon fils. Une vie de paix et de prières doit m’avoir fait des amis.

— Des hommes comme vous, mon père, méritent l’estime générale. Êtes-vous depuis longtemps à Venise ?

— Depuis le dernier conclave. Je vins dans cette ville comme confesseur du dernier ministre de Florence.

— C’était une place honorable. Alors vous avez été assez longtemps avec nous pour savoir que la République n’oublie jamais un service et ne pardonne pas une offense.

— C’est une ancienne république, dont l’influence atteint de loin et de près.

— Prenez garde à ces marches. Ces marches sont perfides pour un pied incertain.

— Le mien est trop habitué à descendre pour se méprendre. J’espère que je ne descends pas cet escalier pour la dernière fois.

L’agent du conseil affecta de ne pas comprendre cette question, et il ne répondit qu’à la première observation.

— C’est en effet une république fort ancienne, dit-il, mais elle tremble un peu de vieillesse. Tous ceux qui aiment la liberté, mon père, doivent déplorer le déclin de si glorieuses institutions. Sic transit gloria mundi ! Nous autres carmes déchaussés, vous faites bien de mortifier la chair pendant la jeunesse : vous évitez les regrets que cause la perte des beaux jours. Un homme comme vous doit avoir peu de fautes de jeunesse sur sa conscience ?

— Aucun de nous n’est sans péché, répondit de moine en se signant ; celui qui se flatte d’être parfait ajoute à ses fautes celle de l’orgueil.

— Les hommes de mon état, révérend père, ont peu d’occasions d’examiner leur conscience, et je bénis l’heure qui m’a