Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Tu sais que j’ai de bonnes raisons pour venir masqué. J’aurais pu être charmé ou fâché de voir celui qui t’a rendu visite, suivant ce qu’il aurait été.

— Tu juges mal, dit vivement Gelsomina : je n’avais ici que ma cousine Annina.

— Me crois-tu jaloux ? dit le Bravo en souriant avec affection et en lui prenant la main. Si c’eût été un cousin Pietro, Michele, Roberto, ou tout autre jeune homme de Venise, je n’aurais eu d’autre crainte que celle d’être connu.

— Mais ce n’était qu’Annina, — ma cousine Annina — que tu n’as jamais vue ; et je n’ai aucun cousin Pietro, Michele ou Roberto. Notre famille n’est pas nombreuse, Carlo ; Annina a un frère, mais il ne vient jamais ici. Elle-même, il y a bien longtemps qu’elle n’a trouvé à propos de quitter son commerce pour paraître dans ce séjour de tristesse. Il n’y a guère de cousines qui se voient si rarement qu’Annina et moi.

— Tu es une bonne fille, Gessina, et l’on te trouve toujours près de ta mère. — N’as-tu rien de particulier à me dire ?

Les yeux pleins de douceur de Gelsomina ou Gessina, comme on l’appelait familièrement, se baissèrent de nouveau ; mais les relevant avant que Jacopo eût le temps d’y faire attention, elle s’empressa de reprendre le même sujet de conversation.

— Je crains qu’Annina ne revienne, sans quoi j’irais avec toi sur-le-champ.

— Cette cousine est donc encore ici ? demanda le Bravo avec une sorte d’inquiétude. Tu sais que je ne voudrais pas être vu.

— Ne crains rien ; elle ne peut entrer sans toucher cette sonnette, car elle est là-haut près de ma pauvre mère qui ne peut quitter son lit. Quand elle viendra, tu pourras, comme tu l’as déjà fait plusieurs fois, entrer dans ce cabinet, et écouter ses discours frivoles si tu le veux ; ou bien… mais nous n’en avons pas le temps. Annina vient rarement ici ; et je ne sais pas pourquoi, mais elle paraît beaucoup ne pas aimer le chevet du lit d’un malade, car elle ne reste jamais que quelques minutes avec sa tante.

— Tu voulais dire, Gessina : — ou bien que je pourrais aller faire ma visite.

— Sans doute, Carlo ; mais je suis sûre que nous serions rappelés par mon impatiente cousine.