Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/261

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sombres arcades du Broglie, il chercha des yeux don Camillo Monforte ; l’ayant rencontré à l’angle de la petite place, ils échangèrent quelques signes secrets, et le Bravo marcha le premier sans attirer l’attention.

Des centaines de barques étaient au bord de la Piazza. Jacopo y chercha sa gondole, la fit sortir de cette masse flottante, et la dirigea dans le canal. Quelques coups de rame l’amenèrent bord à bord avec la bella Sorrantina. Le patron se promenait sur le pont, jouissant de la fraîcheur du soir avec l’indolence italienne, tandis que son équipage, groupé sur le gaillard d’avant, chantait ou plutôt psalmodiait une chanson connue sur ces mers. Les compliments réciproques furent brefs, comme c’est l’usage parmi gens de cette classe ; mais le patron semblait attendre cette visite, car il conduisit le Bravo à l’écart sur la felouque.

— As-tu quelque chose de particulier à me dire, bon Roderigo ? demanda le marin, qui reconnut le Bravo à un signe, et qui cependant ignorait encore son vrai nom. Tu vois que nous n’avons point passé le temps en paresseux, quoique ce fût hier jour de fête.

— Es-tu prêt à partir pour le Golfe ?

— Pour le Levant ou pour les Colonnes d’Hercule, comme il plaira au sénat. Nous avons levé notre vergue depuis que le soleil est descendu derrière les montagnes, et quoique nous puissions avoir l’air de ne pas être pressés de partir, nous n’avons besoin que d’être avertis une heure d’avance pour être en état de franchir le Lido.

— En ce cas, tenez-vous pour avertis.

— Maître Roderigo, vous apportez vos marchandises dans un marche qui en regorge déjà. J’ai déjà reçu avis qu’on aura besoin de nous cette nuit.

Le mouvement involontaire de soupçon que fit le Bravo échappa à l’observation du patron, dont les yeux examinaient les agrès de la felouque avec l’attention qu’un marin est habitué à donner à cette partie de son vaisseau quand il est sur le point de mettre à la voile.

— Tu as raison, Stefano. Mais un avis répété est une précaution qui ne peut nuire. Les préparatifs sont le premier devoir quand il s’agit d’une commission importante.

— Voulez-vous les voir vous-même, signor Roderigo ? dit le