Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/33

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canaux des lagunes ont été conservés, la ville est coupée dans chaque direction par des passages qui d’après leur apparence sont appelés canaux, mais qui en réalité sont autant de petits bras de mer. Sur le bord de ces passages, les murailles des maisons sortent littéralement de l’eau, car l’économie du terrain a forcé les propriétaires à étendre leurs possessions jusque sur le bord du canal, de la même manière que les quais et les magasins dans nos pays sont construits jusqu’au bord des îlots.

Il est maintes îles de Venise qui n’étaient dans l’origine que des bancs de terre périodiquement à sec ; et sur toutes l’usage des pilotis est nécessaire pour supporter le poids des églises, des palais et des monuments publics, sous lesquels, dans la suite des siècles, l’humble monceau de sable s’est accru.

La grande multitude des canaux, et peut-être l’économie du travail, a donné à la plus grande partie des bâtiments la facilité d’une entrée par eau ; mais tandis que presque chaque demeure a sa façade sur un canal, il existe toujours des communications par derrière avec les passages intérieurs de la ville. C’est une faute, dans la plupart des descriptions de Venise, de tant parler de ses canaux et si peu de ses rues. Ces dernières sont étroites, mais elles sont pavées, commodes, silencieuses, et coupent toutes les îles, qui communiquent entre elles par un nombre incalculable de ponts. Quoique le sabot d’un cheval et le bruit d’une roue ne soient jamais entendus dans ces étroites avenues, elles sont d’une grande utilité dans tous les usages de la vie domestique.

Gino entra dans une de ces rues lorsqu’il quitta le passage particulier qui communiquait avec le palais de son maître. Il traversa la foule dont il était environné, avec une vivacité qui ressemblait aux mouvements d’une anguille parmi les herbes des lagunes. Il ne répondait aux nombreux saints de ses connaissances que par des signes de tête, et il ne s’arrêta pas un seul instant jusqu’à ce que ses pas l’eussent conduit à la porte d’une maison sombre et basse, construite dans le coin d’une place habitée par des gens d’une condition inférieure. Se frayant un chemin à travers les tonneaux, les cordages et les débris de toute espèce, le gondolier finit par trouver une porte retirée, ouvrant sur une chambre dont la seule lumière venait d’une espèce de puits, qui descendait entre les murailles de la maison adjacente et de celle où il venait d’entrer.