Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/331

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— Es-tu envoyé vers moi ? lui demanda un homme qui sortit de derrière un monticule de sable, mais qui prit la précaution de tirer son épée avant d’avancer.

— Précisément, signor duc, répondit le Bravo en se démasquant.

— Jacopo ! — C’est plus de bonheur que je ne l’espérais ! — As-tu des nouvelles de mon épouse ?

— Suivez-moi, don Camillo, et vous ne tarderez pas à la voir.

Une telle promesse n’avait besoin d’être appuyée par aucun moyen de persuasion. Don Camillo entra dans la gondole du Bravo, et ils étaient dans un des passages du Lido conduisant au golfe quand Jacopo commença ses explications. Il les eut bientôt terminées, et il n’oublia pas le dessein qu’avait formé Giacomo Gradenigo contre la vie de celui qui l’écoutait.

La felouque, qui avait reçu antérieurement la passe nécessaire des agents de police même, avait pris pour quitter le port le passage par lequel la gondole entra dans la mer Adriatique. La mer était calme, une bonne brise venait de terre ; en un mot, tout favorisait les fugitifs. Donna Violetta et sa gouvernante étaient appuyées contre un mât, les yeux fixés avec impatience sur les dômes éloignés de Venise et admirant la beauté qu’elle offrait encore à minuit. De temps en temps des sons de musique, partant des canaux, arrivaient à leurs oreilles, et un sentiment naturel de mélancolie s’emparait de la première en songeant que c’étaient peut-être les derniers sons de cette nature qu’elle entendrait dans sa ville natale ; mais un plaisir sans mélange chassa de son sein tous les regrets quand don Camillo, sautant de la gondole sur le pont de la felouque, la serra en triomphe contre son cœur.

Ce ne fut pas une négociation difficile de déterminer Stefano à abandonner pour toujours le service du sénat pour celui de son seigneur féodal. Les promesses et les ordres de don Camillo suffirent pour lui faire approuver ce changement, et tous sentirent alors qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Toutes les voiles furent étendues, et la felouque commença à s’éloigner du rivage. Jacopo laissa touer sa gondole jusqu’à une lieue en mer avant de se préparer à y rentrer.

— Il faut vous rendre à Ancône, signor don Camillo, dit le Bravo appuyé sur la balustrade de la felouque et ne pouvant