Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/35

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— C’est bien. Le père Baptiste lui-même, qui se vante de pouvoir distinguer un pécheur d’un pénitent, seulement en le regardant, ne soupçonnera jamais un serviteur de don Camillo Monforte sous cet habit. Cospetto ! j’ai presque envie de rendre visite à ce coquin de juif qui a pris ta chaîne d’or en gage, et de lui donner un échantillon des conséquences qui pourront en résulter, s’il persiste à demander le double des intérêts convenus.

— Ce serait une justice chrétienne. Mais que deviendrait pendant ce temps cette affaire sérieuse que tu étais si pressé d’accomplir ?

— Tu dis vrai, ma chère : le devoir avant tout, quoique effrayer un avare Israélite serait tout aussi bien un devoir qu’autre chose. Toutes les gondoles de ton père sont-elles sur l’eau ?

— Sans cela, comment serait-il allé au Lido, mon frère Luigi à Fusini, les deux domestiques à leurs affaires ordinaires des îles ? en un mot, comment serais-je seule ici ?

— Diavolo ! est-ce qu’il n’y a pas de bateau dans le canal ?

— Tu es bien pressé, Gino, maintenant que tu as un masque et une jaquette de velours. Je ne sais pas si j’aurais dû laisser entrer quelqu’un dans la maison de mon père, et lui, permettre de prendre un pareil déguisement pour le laisser sortir à une pareille heure. Tu vas me dire quelle est cette affaire, afin que je puisse juger de ce que j’ai fait.

— Mieux vaudrait demander aux Trois Cents d’ouvrir les feuilles de leur livre de sentences ! Donne-moi la clef de la porte extérieure, afin que je puisse continuer ma route.

— Non pas, jusqu’à ce que je sache si cette affaire peut attirer sur mon père le déplaisir du sénat. Tu sais, Gino, que je suis…

— Diamine ! j’entends l’horloge de Saint-Marc, et le temps passe. Si j’arrive trop tard, ce sera ta faute.

— Ce ne sera pas la première de tes fautes que je serai chargée d’excuser. Tu resteras où tu es, jusqu’à ce que je connaisse ce message pour lequel tu as besoin d’un masque et d’une jaquette, et tout ce qui a rapport à cette affaire si sérieuse.

— Tu parles comme une femme jalouse, au lieu de parler comme une fille raisonnable, Annina. Je t’ai dit que j étais chargé de la commission la plus importante, et qu’un délai pourrait amener de grandes calamités.

— Sur qui ? et quelle est cette commission ? et pourquoi, toi