Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/363

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Conseil connaît la fuite de don Camillo, et je ne puis croire que des yeux qui s’endorment si rarement ne se soient point encore aperçus du départ de la fille de Tiepolo.

— Cela est vrai, Jacopo ; mais tu as quelque chose à dire sur les moyens qui ont été employés. Souviens-toi que le Conseil, en décidant de ton sort, aura égard à ta sincérité.

Le visage du prisonnier laissa voir encore un de ces sourires qui forçaient les interrogateurs à baisser les yeux.

— Les moyens de fuite ne peuvent pas manquer à un amant téméraire, Signore, répondit-il. Don Camillo est riche et aurait pu trouver mille complaisants, s’il en avait eu besoin.

— Tu parles d’une manière équivoque : c’est ce que tu peux faire de plus dangereux pour toi que de te jouer du Conseil. Quels sont les agents qu’il a employés ?

— Il avait des serviteurs fidèles, Excellence, plusieurs gondoliers courageux, enfin des domestiques de toute espèce.

— Nous savons tout cela. — Il s’est échappé par d’autres moyens ; ou même es-tu sûr qu’il se soit échappé ?

— Signore, est-il à Venise ?

— C’est nous qui te le demandons. Voilà une accusation trouvée dans la gueule du lion et qui dit que tu l’as assassiné.

— Et donna Violetta aussi, Excellence ?

— Nous ne savons rien d’elle. Quelle réponse fais-tu à cette accusation ?

— Signore, pourquoi trahirais-je mes propres secrets ?

— Ah ! tu veux nous tromper ! Rappelle-toi que nous avons sous les plombs un prisonnier qui peut tirer de toi la vérité.

Jacopo leva la tête et prit l’attitude d’un homme qui n’a plus rien à craindre. Cependant son regard était triste, en dépit de ses efforts, et il y avait dans sa voix une grande mélancolie.

— Sénateurs, dit-il, votre prisonnier sous les plombs est libre.

— Ton désespoir te donne la hardiesse de te jouer de nous ?

— Je dis la vérité. La liberté, si souvent attendue, est venue à la fin !

— Ton père… ?

— Est mort ! interrompit Jacopo d’une voix solennelle.

Les deux membres les plus âgés du conseil se regardèrent avec surprise, tandis que le plus jeune écoutait avec l’intérêt d’un homme qui entrait dans un noviciat de secrets et de devoirs em-