Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/366

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antérieur au nôtre. Ces malentendus sont les conséquences inévitables des caprices de la liberté, Signore. Le coursier qui parcourt les forêts dans la liberté de la nature ne peut pas être conduit comme le triste animal qui traîne une charrette. Voici la première de nos assemblées, Signore ; mais l’expérience vous prouvera que, toute excellente que soit notre théorie, il se trouve quelquefois des défauts dans la pratique. L’affaire du jeune Gradenigo est fort grave, Signore !

— Je connais depuis longtemps son libertinage, répondit le plus âgé des membres. Il est bien malheureux pour un si noble patricien d’avoir un si indigne fils. Mais ni l’État ni la ville ne peuvent tolérer l’assassinat.

— Plût à Dieu qu’il fût moins fréquent ! s’écria le signor Soranzo avec une parfaite sincérité.

— Ah ! sans doute. Des informations secrètes tendent à confirmer l’accusation de Jacopo ; et d’ailleurs une longue expérience nous a appris à mettre notre confiance dans ses rapports.

— Comment ! — Jacopo est-il un agent de police ?

— Nous parlerons de cela plus à loisir, signor Soranzo. Maintenant, nous devons nous occuper d’un attentat sur la vie d’un personnage protégé par nos lois.

Les trois membres entrèrent alors dans une sérieuse discussion sur l’affaire des deux délinquants. Venise, ainsi que tous les gouvernements despotiques, avait le mérite d’une grande activité dans sa police criminelle lorsqu’elle était disposée à faire justice, comme dans tous les cas où les intérêts du gouvernement n’étaient pas compromis, ou qu’on n’avait pas su corrompre les juges. Quant à ce dernier moyen, grâce à la jalousie de l’État et à la richesse de ceux qui rendaient la justice, il n’était en aucune manière aussi fréquent que dans les autres sociétés où les juges, étant moins riches, sont plus exposés aux tentations. Le seigneur Soranzo eut alors une belle occasion d’exercer ses sentiments généreux. Quoique allié à la maison de Gradenigo, il n’était pas le dernier à blâmer la conduite de l’héritier de cette famille. Son premier mouvement fut de demander un exemple terrible, afin de montrer au monde que le crime, à Venise, ne trouvait de l’impunité dans aucun rang. Il fut détourné de cette sévérité par ses deux compagnons, qui lui rappelèrent que les lois faisaient une distinction entre l’intention et l’exécution d’une offense. Éloigné