Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/37

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invitées, car les fêtes seraient troublées par les Trois-Cents. À quel couvent t’a-t-on envoyé ?

— On ne m’a rien dit de particulier là-dessus : le premier que je trouverai, pourvu que ce soit un franciscain et un prêtre qui ait des entrailles pour des amants pressés.

— Don Gamillo Monforte, l’héritier d’une ancienne et noble famille, ne se marie pas avec si peu de prudence. Ta langue de vipère a essayé de me tromper, Gino ; mais l’expérience aurait dû t’apprendre l’inutilité de cet effort. Tu accompliras ta commission que lorsque tu m’auras dit la vérité ; jusque-là tu es mon prisonnier.

— Je puis t’avoir dit ce que je suppose devoir bientôt arriver, plutôt que ce qui est arrivé déjà ; mais don Camillo m’a tenu si souvent sur l’eau dernièrement, que je ne fais presque que rêver lorsque je n’ai point un aviron à la main.

— C’est en vain que tu essaierais de me tromper, Gino : car tes yeux disent la vérité, tandis que ta langue et ta tête arrangent des contes. Goûte un peu de cette coupe, et décharge ta conscience comme un homme.

— Je voudrais que ton père fît la connaissance de Stefano Milano, répondit le gondolier après avoir bu largement. C’est un patron de Calabre qui souvent apporte dans le port d’excellentes liqueurs de son pays, et qui passerait un tonneau de lacryma-christi rouge à travers le Broglie lui-même, sans qu’aucun noble s’en aperçût. Cet homme est ici dans ce moment ; et si tu veux il t’arrangera facilement de quelques outres.

— Je doute qu’il y ait une meilleure liqueur que celle-ci, qui a mûri sur les sables du Lido. Bois-en un second verre, car on dit que le second est meilleur que le premier.

— Si le vin s’améliore de cette façon, ton père doit être bien triste quand il voit la lie. Ce serait une charité que de lui faire faire connaissance avec Stefano.

— Pourquoi ne pas le faire immédiatement ? Ne dis-tu pas que sa felouque est dans le port ? Tu peux le conduire ici par la porte secrète et les rues.

— Tu oublies ma commission. Don Camillo n’est point habitué à être servi le second. Cospetto ! ce serait dommage qu’un autre possédât la liqueur que le Calabrois garde en secret.

— Cette commission ne peut pas être l’affaire d’un moment