Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/385

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midée par le rang de celui devant lequel elle se trouvait, resta un pas en arrière, à demi cachée par le froc du moine.

— Que signifie cette visite ? demanda le prince en désignant du doigt la jeune fille tremblante, tandis que ses yeux étaient fixés sur ceux du carme ; elle n’est faite ni à l’heure ni avec les formes convenables. Et pourquoi cette étrange compagnie ?

C’était la première fois que le père Anselmo se trouvait devant le souverain de Venise. Accoutumé, comme tous les Vénitiens, et surtout dans ce siècle, à calculer prudemment ses chances de succès avant de se hasarder à faire connaître sa demande, il fixa un regard pénétrant sur celui qui l’interrogeait.

— Illustre prince, répondit-il, nous venons réclamer justice ; ceux qui ont une pareille demande à faire ont besoin de hardiesse pour ne pas déshonorer leur caractère et nuire à leur cause.

— La justice est la gloire de Saint-Marc, et elle fait le bonheur de ses sujets. Ta démarche, mon père, n’est pas conforme aux règles dictées par la sagesse, mais elle peut avoir son excuse. — Explique ta demande.

— Il y a dans la prison publique un homme condamné à mort par les tribunaux, et cette sentence doit être exécutée demain matin, à moins que votre autorité suprême n’intervienne pour le sauver.

— Un homme condamné par les tribunaux doit mériter son destin.

— Je suis le confesseur de cet infortuné jeune homme, et en remplissant mes devoirs sacrés j’ai appris qu’il était innocent.

— Dis-tu qu’il a été condamné par les juges ordinaires ?

— Par une sentence du tribunal criminel, Votre Altesse.

Le prince parut soulagé. Puisque l’affaire avait été jugée publiquement, il avait du moins un motif de croire qu’il pouvait se livrer à l’amour qu’il avait pour ses semblables sans offenser la politique tortueuse de l’État. Jetant un coup d’œil sur l’inquisiteur immobile, comme pour trouver en lui un signe d’approbation, il fit un pas vers le carme et lui dit avec un ton d’intérêt croissant.

— Et de quelle autorité attaques-tu la sentence des juges ?

— Comme je l’ai déjà dit à Votre Altesse, c’est en vertu de ce que j’ai appris en exerçant mes fonctions sacrées. Il m’a ouvert le fond de son âme en homme qui a déjà un pied dans la tombe ;