Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/40

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L’aviron de Gino donna un coup en arrière, et la gondole resta en repos à côté de la felouque.

— Une heureuse nuit à la bella Sorrantina et à son digne patron ! dit le gondolier en mettant le pied sur le pont du bâtiment : l’honnête Stefano Milano est-il à bord de la légère felouque ?

Le Calabrois fut prompt à répondre, et quelques moments après le patron et les deux visiteurs eurent une conférence secrète.

— J’ai amené ici quelqu’un qui mettra probablement des sequins vénitiens dans ta poche, dit le gondolier lorsque les politesses du salut eurent été observées. Voilà la fille du plus consciencieux des marchands de vin, d’un homme qui est aussi disposé à transplanter vos vignes siciliennes dans les îles qu’il est capable de payer leur produit.

— Et une fille qui serait aussi belle que bien disposée, dit le galant marinier, si elle voulait écarter ce nuage noir qui nous cache son visage…

— Un masque est de peu d’importance dans un marché, pourvu que l’argent se trouve. Nous sommes toujours en carnaval, à Venise ; et celui qui veut acheter, ainsi que celui qui veut vendre, a le droit de cacher son visage comme ses pensées. Qu’as-tu en fait de liqueurs prohibées, Stefano, afin que ma compagne ne perde pas son temps en vaines paroles ?

— Per Dio ! maître Gino, tu poses la question avec peu de cérémonie. La cale de la felouque est vide, comme tu pourras le voir en descendant aux écoutilles. Et, quant aux liqueurs, nous périssons ici faute d’une goutte pour nous réchauffer le sang.

— Au lieu d’en venir chercher iei, dit Annina, nous aurions mieux fait d’aller à la cathédrale dire un Ave pour ton heureux retour dans ton pays. Et maintenant que notre affaire est terminée, maître Stefano, nous allons te quitter pour aller trouver un homme moins habile dans ses réponses.

— Cospetto ! tu ne sais pas ce que tu dis, murmura Gino, lorsqu’il s’aperçut que l’impatiente Annina voulait s’en aller. Cet homme n’entre jamais dans la moindre baie d’Italie sans avoir quelque chose de bon dans sa felouque. Un marché avec lui trancherait la question entre les vins de ton père et ceux de Battista. Il n’y a pas un gondolier à Venise qui ne se rendît à ta boutique si tu faisais un marché avec Stefano.

Annina hésita ; habituée depuis longtemps au petit commerce