Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/47

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sées que la prétendue contadina, jusqu’à ce qu’il eût atteint un espace près du quai où il fût plus libre de se livrer à ses observations. Là il s’arrêta, irrésolu, se demandant s’il devait retourner près de son maître pour lui avouer son indiscrétion, ou s’il devait faire un nouvel effort pour retrouver la bague qu’il avait si sottement perdue. L’espace vacant entre les deux colonnes de granit n’était occupé que par lui et par une autre personne, accoudée sur le piédestal du lion de Saint-Marc, et aussi immobile que si elle eût été taillée en pierre. Cependant deux ou trois désœuvrés, conduits soit par la curiosité, soit par l’espérance de rencontrer quelqu’un à qui ils avaient donné rendez-vous, s’approchaient de cet homme immobile ; mais tous s’éloignaient bientôt, comme s’ils eussent été repoussée par sa froideur glaciale. Gino avait été témoin de plusieurs exemples du dégoût évident qu’on éprouvait de rester près de cet homme, avant qu’il songeât à traverser l’espace qui les séparait pour voir par lui-même ce qui causait cette répugnance. Au bruit de ses pas, un léger mouvement de l’étranger amena les rayons de la lune sur la figure calme et l’œil pénétrant de l’homme que Gino cherchait.

Le premier mouvement du gondolier fut de fuir ; comme celui de tous ceux qui s’étaient approchés du même homme. Mais le souvenir de son message et celui de la perte qu’il avait faite vinrent l’arrêter à temps. Néanmoins il ne parla pas, et rencontra le regard du Bravo d’un air qui trahissait en même temps la confusion de son esprit et un dessein à moitié conçu.

— Veux-tu quelque chose de moi ? demanda Jacopo lorsqu’ils se furent regardés l’un l’autre pendant longtemps.

— Le cachet de mon maître

— Je ne te connais pas.

— Cette image de saint Théodore témoignerait que je dis la pure vérité, si elle pouvait parler. Je n’ai pas l’honneur d’être votre ami, signor Jacopo, mais on peut avoir affaire même à un étranger. Si vous avez rencontré un gondolier innocent et paisible dans la cour du palais, depuis que l’horloge de la Piazza a sonné le dernier quart, et si vous avez reçu de lui une bague qui ne peut être utile qu’à son légitime propriétaire, un homme aussi généreux que vous n’hésitera point à la lui rendre.

— Me prends-tu pour un joaillier du Rialto, que tu me parles de bague ?