Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/71

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qu’en mourant, car il y a un chagrin que le riche ne peut connaître, celui de ne pouvoir acheter des prières pour l’âme de son enfant.

— Voudrais-tu encore des messes ? Jamais un enfant qui t’appartient ne manquera d’une voix près des saints pour le repos de son âme.

— Je vous remercie, Excellence ; mais j’ai confiance en ce qui a été fait, et plus encore en la miséricorde de Dieu. Ce que je viens demander est en faveur des vivants.

La sensibilité du sénateur fut subitement réprimée, et il écouta d’un air soupçonneux.

— Que veux-tu ? répéta-t-il encore.

— Je demande votre protection, Signore, pour sauver mon petit-fils du service des galères. Ils se sont emparés d’un garçon de quatorze ans, et ils l’ont condamné à combattre les infidèles, sans égard pour sa jeunesse, sans égard pour les mauvais exemples qu’il peut recevoir, sans égard pour mon âge, ma solitude et la justice ; car son père mourut dans la dernière bataille contre les Turcs.

En cessant de parler, le pêcheur arrêta ses regards sur la froide figure de son auditeur, essayant d’y deviner l’effet qu’avaient produit ses paroles.

Mais le visage du sénateur était impassible et ne trahissait aucune sympathie humaine ; la froide et spécieuse politique du sénateur avait depuis longtemps étouffé dans son âme toute sensibilité sur les sujets qui avaient rapport au pouvoir maritime de la république. Il traitait d’innovation toutes les tentatives d’échapper à la presse, et son cœur se séchait lorsqu’il était question des droits de Venise aux services de ses sujets.

— J’aurais voulu que tu fusses venu pour demander des messes ou de l’or, Antonio, répondit-il après un moment de silence, et rien autre chose. Tu as eu la société de ton fils depuis qu’il est né, il me semble ?

— Signore, j’ai eu cette satisfaction parce qu’il était orphelin des sa naissance, et je désirerais l’avoir auprès de moi jusqu’à ce qu’il pût entrer dans le monde armé de principes et d’une foi capable de le garantir de tous malheurs. Si mon brave fils vivait encore, il ne demanderait pour son enfant que des conseils et l’assistance, qu’un pauvre homme a le droit d’accorder à son propre sang.