Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/8

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ressemblance, sans se dissimuler les défauts de l’exécution, il en appelle à l’ouvrage bien connu de M. Daru.

Une histoire des progrès de la liberté politique, écrite purement dans l’intérêt de l’humanité, manque encore à la littérature. Dans les États qui ont mal commencé à cet égard, on trouverait que les citoyens, ou plutôt les sujets, ont extorqué privilège sur privilège, à mesure que l’accroissement de leur intelligence et de leur importance leur a appris à réclamer et à défendre ces droits particuliers qui étaient nécessaires à leur bonheur ; une certaine quantité de ces immunités, sauf une exception récente et solitaire en faveur de la Suisse, constitue, même dans le moment actuel, la liberté en Europe. Il est à peine nécessaire de dire au lecteur que cette liberté, plus ou moins étendue, dépend d’un principe entièrement différent de celui de la nôtre. Ici[1], les immunités ne procèdent pas du gouvernement, mais elles lui sont accordées ; en d’autres termes, ce sont des concessions de droits naturels faites par le peuple à l’État, pour jouir des bienfaits de la protection sociale. Tant que cette différence vitale existera entre nous et les autres nations, il sera inutile de chercher des analogies matérielles entre leurs institutions et les nôtres. Il est vrai que, dans un siècle comme celui-ci, l’opinion publique est une charte par elle-même, et que le gouvernement le plus despotique qui existe dans toute l’étendue de la chrétienté doit, jusqu’à un certain point, en respecter l’influence. Les gouvernements les plus doux et les plus justes de l’Europe sont, en ce moment, des despotismes en théorie. Le caractère du prince et celui du peuple entrent pour beaucoup dans la considération d’un résultat si extraordinaire ; mais l’on ne doit jamais oublier que, quoique le caractère du peuple soit assez stable, celui du monarque est sujet à changer. En admettant tous les bienfaits qui peuvent découler d’une administration juste sous des princes sages et humains, un gouvernement dont le peuple n’est réellement pas la base renferme en lui-même un vice inévitable et oppressif, — la nécessité de se soutenir par la force physique et par des impositions onéreuses contre l’action naturelle de la majorité.

Si nous voulions faire la définition d’une république, nous dirions que c’est un État dans lequel le pouvoir, en théorie et en

  1. Dans les États-unis d’Amérique.