Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 16, 1839.djvu/50

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rait en vain bien des traits qui ajouteraient à la grâce et à l’agrément de la société. Par exemple, ces jeunes gens qui sont à ricaner d’une mauvaise plaisanterie dans ce coin, sont positivement tout ce qu’il y a de plus commun, et j’en dirai autant de cette jeune personne qui s’exerce aux manœuvres d’une coquetterie pratique ; mais, au total, c’est le très-petit nombre. Notre hôtesse elle-même, quoique ce soit une sotte femme, dévorée du désir d’être ce que sa situation dans le monde, son éducation, ses habitudes, ne permettent pas qu’elle soit, se donne moins de ridicules qu’une femme du même caractère ne le ferait ailleurs.

— Je pense comme vous, et j’allais vous demander l’explication de ce fait.

— Les Américains sont nécessairement un peuple imitateur, et ils sont particulièrement propres à ce genre d’imitation. Ils ont aussi plus de naturel dans toute leur conduite que les nations plus anciennes et plus avancées dans les arts de la civilisation ; et c’est en quelque sorte par force que la compagnie que vous voyez ici a cette partie essentielle d’une bonne éducation, la simplicité. Montez un peu plus haut sur l’échelle de la société, et vous en trouverez moins ; car plus de hardiesse et de mauvais modèles conduisent à des bévues dans des choses qui demandent à être parfaitement faites si on veut les faire. Ces fautes y seraient plus visibles parce qu’on s’approcherait assez pour discerner le ton de chacun, les formes des discours, et les efforts pour montrer de l’esprit.

— Et je crois que nous y échapperons ce soir, car je vois que nos dames font déjà leurs excuses à notre hôtesse, et prennent congé d’elle. Nous remettrons cette discussion à un autre moment.

— Elle peut être ajournée indéfiniment, car elle ne vaut guère la peine d’être continuée.

Ils s’approchèrent de mistress Jarvis pour lui faire leurs adieux, et allèrent chercher le capitaine Truck, qu’ils furent obligés d’arracher presque par violence à l’hospitalité cordiale du maître de la maison. Lorsqu’ils furent en voiture, le digne marin déclara que M. Jarvis était un des hommes les plus honnêtes qu’il eût jamais vus, et annonça qu’il avait dessein de lui donner à dîner le lendemain à bord du Montauk.

Mistress Hawker demeurait dans Hudson-Square ; partie de la ville à laquelle les amateurs du grandiose cherchent à donner le nom de Samt-John’s-Park. Car c’est un fait assez amusant qu’une