Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 22, 1845.djvu/365

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d’avoir un beau-frère, avant que toutes les affaires fussent réglées. Au surplus, je suis content d’André, et il sait que je suis son ami. Il a bon ton, est très-bien posé dans le monde, a une jolie petite fortune, qui jointe au tiers de celle de notre défunte cousine, assurerait à ma sœur le même revenu qu’aujourd’hui, et j’ai soin de faire entendre de temps en temps à Lucie qu’elle ne saurait faire un meilleur choix.

— Et comment votre sœur reçoit-elle ces insinuations ?

— Oh ! fameusement, comme toutes les jeunes filles, vous savez bien. Elle rougit, et quelquefois paraît mécontente ; puis elle se met à rire, fait la moue et dit : — Quelle extravagance ! Taisez-vous donc, Rupert ; vous êtes fou ! — Enfin toutes ces exclamations de convention qui ne trompent personne, pas même son benêt de frère. Mais, mon cher, il faut que je vous quitte, je dois accompagner quelques personnes au spectacle, et j’allais les rejoindre quand je vous ai rencontré. Cooper joue ce soir, et vous savez qu’il fait fureur. On ne voudrait pas perdre une seule syllabe de son Othello.

— Rupert, encore un mot. Ne disiez-vous pas que les Merton sont encore ici ?

— Les Merton ? mais sans doute ; ils sont fixés aux États-Unis et sont lancés dans le plus grand monde. Le colonel se trouve très-bien du climat, et il est parvenu à trouver quelque emploi qui le retient parmi nous. De plus il a des parents à Boston, et je crois qu’il a quelques droits à faire valoir par là sur je ne sais quel héritage. Les Merton ! et, grands dieux, que ferait New-York sans les Merton !

— Ainsi donc mon vieil ami a obtenu aussi de l’avancement ; car je crois vous avoir entendu l’appeler colonel ?

— Croyez-vous ? il me semble qu’on l’appelle général, plus souvent que toute autre chose. Vous avez dû vous tromper, en croyant qu’il n’était que major, Miles ; ici tout le monde l’appelle général ou colonel.

— Je ne demande pas mieux. Adieu, Rupert ; je ne vous trahirai pas, et…

— Et quoi ?

— Rappelez-moi au souvenir de Lucie ; vous savez que nous nous connaissons depuis l’enfance. Dites-lui que je lui souhaite tout le bonheur possible dans sa nouvelle position, et que je tâcherai de la voir, avant de remettre à la voile.

— Est-ce que vous ne viendrez pas ce soir au spectacle ? Cooper mérite bien une visite ; Othello est son plus beau rôle.

— Je ne crois pas. Ne m’oubliez pas auprès de votre sœur, — adieu.