Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/191

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jugé qui consiste à regarder son pays comme supérieur sur tous les points à tous les autres, un des travers les plus communs de la pauvre humanité. Je n’ai pas encore visité un pays dont les habitants ne se crussent pas les premiers de la terre. En fait de hâbleries de ce genre, tous se ressemblent, la forme seule diffère. Quant à Marbre, il était de bonne foi ; il croyait fermement que dans une mêlée où l’on n’aurait fait usage que des armes de la nature, nous aurions pu avoir l’avantage. J’avoue que je ne partageais pas complètement son illusion.

Et cependant je n’étais plus aussi certain d’avoir gain de cause, si le corsaire nous envoyait dans un port français. Marbre m’en dit tant sur les anarchistes de France, qu’il avait connus à la plus mauvaise époque de la révolution ; il avait tant d’histoires à raconter de navires saisis, de négociants ruinés, que ma confiance dans mon bon droit en était un peu ébranlée. Bonaparte était alors à l’apogée de sa puissance consulaire, — il touchait au moment de devenir empereur, — et il avait commencé cette guerre avec une telle violence, avec un tel mépris pour les droits acquis, notamment en retenant tous les Anglais qui résidaient alors en France, qu’on ne pouvait trop se tenir sur ses gardes. Toutes ces réflexions furent échangées rapidement entre mon lieutenant et moi, et la résolution qu’elles nous inspirèrent fut de chercher à jouer à messieurs les Français le même tour que nous avions joué à John Bull quand il avait été notre maître. Seulement il fallait en varier la forme, car j’avais eu l’imprudence de raconter à M. Gallois l’histoire du matelot postiche jeté par-dessus bord, et la manière dont nous nous étions remis en possession de notre bâtiment. Il était évident que ce genre de stratagème était usé, et qu’il fallait en imaginer quelque autre.

C’est toujours une bonne chose que la confiance, quand, de toute nécessité, il faut en venir aux mains. Il peut être convenable de respecter son ennemi jusqu’au moment où il faut tomber sur lui ; mais, ce moment une fois arrivé, plus on le méprise, mieux cela vaut. Quand Neb et Diogènes apprirent qu’il faudrait bientôt se mettre à la besogne, et s’escrimer de plus belle, ils ne montrèrent pas la moindre inquiétude.

— Eux, ce n’être que des Français, dit Diogènes, qui était philosophe à sa manière ; nous les peloter comme du coton.