Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/302

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mais aucune ne me reconnut dans mon costume actuel. Je n’en fus pas fâché, car il eût fallu recommencer chaque fois mon histoire, et j’étais bien aise de garder pendant quelques jours une sorte d’incognito.

Nous remontâmes jusqu’au-delà de Saint-Paul, quartier alors à la mode, où quelques maisons avaient été construites dans ce qu’on appelait alors le goût moderne. Sur le perron de l’une de ces résidences patriciennes, — pour me servir d’une expression qui est devenue très en usage, — je vis un monsieur mis avec beaucoup d’élégance, qui avait l’air du propriétaire de la maison. J’étais déjà passé quand une exclamation qui lui échappa, et le nom de mon lieutenant qu’il prononça, me firent tourner la tête. C’était Rupert !

— Eh bien, Marbre ! mon brave lieutenant, comment cela va-t-il ? dit notre ancien compagnon, avec un ton d’insolence, moitié cordial, moitié familier, et en descendant les degrés pour lui présenter la main, que Marbre secoua de tout son cœur. — Votre vue me rappelle l’ancien temps, et l’eau salée !

— Monsieur Hardinge, répondit Moïse, qui ne connaissait des défauts de Rupert que son peu d’aptitude pour le métier de marin, je suis ravi de vous rencontrer. Est-ce que votre père et votre charmante sœur demeurent ici ?

— Non, mon vieux, reprit Rupert, toujours sans jeter les yeux de mon côté. Cette maison est à moi, et je serai charmé de vous y recevoir, et de vous présenter à ma femme, qui est aussi une de vos anciennes connaissances, — miss Émilie Merton, la fille du général Merton, de l’armée anglaise.

— Au diable l’armée anglaise, et la marine anglaise avec elle ! s’écria Marbre avec plus d’énergie que d’usage du monde. Sans cette marine, notre ami Miles, que voici, serait encore riche à l’heure qu’il est.

— Miles ! répéta Rupert avec un étonnement qui n’avait rien d’affecté. — Il est donc vrai ; vous n’avez point péri sur mer, Wallingford ?

— Mais, comme vous voyez, monsieur Hardinge ; et je suis heureux de trouver cette occasion d’avoir des nouvelles de votre père et de votre sœur.

— Ils vont bien, merci ; et mon père surtout sera enchanté de vous voir. Il a pris une part bien vive à votre malheur, et il a fait