Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/343

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la question. Jamais, depuis ce moment, je ne reparlai de gages. Quand Neb a besoin de vêtements, il les fait faire, et on les porte au compte de « maître Miles ; » quand il a besoin d’argent, il en demande sans honte et sans répugnance ; et de même pour tout ce dont il a besoin. Chloé agit de même avec Lucie, qui a remplacé pour elle miss Grace sous tous les rapports, et qui est toujours « miss Lucie » pour ces bonnes gens. Un jour je vis un voyageur anglais prendre ses tablettes, et écrire sans doute quelque réflexion très-spirituelle, quand il entendit Chloé appeler de ce nom la mère de trois jolis enfants qui étaient suspendus à son cou. La note du voyageur ne fit aucun effet sur Chloé, qui n’en continua pas moins à appeler sa maîtresse « miss Lucie, » quoique miss Lucie soit aujourd’hui grand-mère.

Ainsi que la vérité m’a forcé de le dire, les enfants ont été moins fidèles ; l’esprit du siècle a agi sur eux, et les liens qui unissaient les Wallingford et les Clawbonny se sont relâchés. Plusieurs nous ont quittés, et je les vois partir sans regret. Mais tous ont demandé du moins mon consentement, et je leur ai procuré des places à mesure que l’ambition ou la curiosité les attirait dans le monde. Puisque je parle de cet esprit du siècle, qui amène tant de changements, je ne suis pas assez routinier pour les condamner tous, et je reconnais qu’il y en a eu dont on ne saurait trop se féliciter. Sans doute on ne saurait prendre l’esclavage domestique tel qu’il existait à Clawbonny, comme l’image fidèle de ce qu’il était dans le pays. Ce n’est pas tant l’esprit d’abolitionnisme qui m’alarme, en tant qu’il se renferme dans des bornes convenables, qu’un certain esprit dont la tendance est toujours et partout pour le changement ; rien dans la vie sociale n’est arrivé à son plein développement, suivant la doctrine de ces philosophes du mouvement. Or, à mon point de vue, les deux partis les plus dangereux dans un état sont celui qui veut rester immobile comme une borne, et celui qui veut toujours progresser ; l’un voulant conserver des abus dont il serait mieux de s’affranchir, l’autre renversant toutes les institutions utiles dans sa course désordonnée. Je parle de ces tendances diverses, telles qu’elles se manifestent quand elles sont exploitées et poussées jusqu’à leurs dernières conséquences par l’esprit de parti. Certes, je n’entends pas contester qu’il est des améliorations heureuses, comme il en est qu’on pourrai appeler d’un tout autre nom. Le seul législateur vraiment sage, vrai-