Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/68

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tions, autrement dit « une dispute, » sans me demander des nouvelles de Grace. L’alarme s’était répandue parmi les esclaves, et c’était un spectacle touchant de voir à quel point ils étaient inquiets. C’était assez pour l’aimer qu’elle fût leur jeune maîtresse ; mais elle était si bonne, si prévenante pour eux tous, que leur tendresse allait presque jusqu’à l’adoration.

— Quel dommage que jeune maîtresse ne soit pas bien, dit le vieil Hiram en nous regardant tristement ; Dieu veuille qu’il n’arrive rien de fâcheux ! Cela irait si bien, miss Grace et M. Rupert, comme miss Lucie et jeune maître ! Ce serait un beau jour à Clawbonny ; car nous aurions jeune maître et jeune maîtresse que nous aurions tous connus dès le berceau !

Ainsi donc l’esclave lui-même avait surpris le secret de son maître ! Je m’éloignai précipitamment, de peur qu’il ne découvrît aussi les signes d’une émotion que je ne pouvais plus contenir.





CHAPITRE VI.


Comme le lis qui dominait autrefois dans la plaine, je vais pencher la tête, et périr !
La reine Christine.



Je ne vis guère Lucie de la soirée. Au moment de la prière, elle vint se joindre à nous, et ses yeux étaient humides quand elle se releva. Elle baisa le front de son père en se retirant, et se tournant vers moi, elle me présenta la main, suivant son habitude constante depuis dix-huit ans, et je la serrai tristement dans les miennes ; mais aucun mot ne fut échangé entre nous, et ce silence n’était que trop éloquent.

Lucie ne parut pas à la prière le lendemain matin. Le déjeuner fut annoncé, et elle ne vint pas davantage. M. Hardinge avait été regarder plus de douze fois à la porte, toujours inutilement. — Miles, mon cher garçon, dit-il enfin, nous n’attendrons pas davantage. Ma fille veut sans doute déjeuner auprès de Grace pour lui tenir compagnie. Mettons-nous à table.