Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/85

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— Si c’est pour consulter de nouveaux médecins, je crains bien, mon cher Monsieur, que ce ne soit une démarche inutile. Tous ceux que nous avons vus ont été d’accord qu’il n’y avait rien de plus à faire que ce qui a été prescrit. Néanmoins, je serai plus tranquille si l’on, peut décider le docteur Bard à traverser le fleuve, et j’avais déjà songé à lui dépêcher Neb une seconde fois.

— Soit, répondit M. Hardinge en tirant à lui une petite table sur laquelle étaient quelques prescriptions écrites plutôt pour la forme que dans l’espoir du bien qu’elles pouvaient produire, et en se mettant à écrire tout en parlant : — soit, et en même temps Neb pourra mettre cette lettre à la poste sur l’autre rive ; de cette manière elle parviendra plus vite à Rupert.

— À Rupert ? m’écriai-je avec une expression que je regrettai sur-le-champ.

— Sans doute ; nous ne pouvons nous dispenser de l’avertir. Il a toujours été comme un frère pour Grace, et le pauvre garçon nous en voudrait si nous négligions de le prévenir dans une occasion semblable. Vous paraissez surpris de ma détermination ; et pourquoi donc, Miles ?

— Rupert est aux Sources, Monsieur, heureux dans la société de miss Merton ; ne vaudrait-il pas mieux lui laisser ignorer… ?

— Que penseriez-vous, Miles, si Lucie était sur son lit de mort, et que je négligeasse de vous en informer ?

— Ah ! Monsieur ! — et je jetai sur le bon vieillard des yeux si hagards, que, malgré toute sa simplicité, il ne put s’empêcher de voir quelle immense différence je faisais entre la supposition et la réalité.

— Il est vrai, mon pauvre Miles, ajouta M. Hardinge, comme pour s’excuser ; j’avais tort ; mais que voulez-vous ? Je commençais à espérer que, comme autrefois, vous ne regardiez plus Lucie qu’avec des yeux de frère. Mais ce n’est pas une raison pour oublier Rupert ; et voici ma lettre déjà faite.

— Il sera trop tard, Monsieur, dis-je d’une voix rauque ; ma pauvre sœur ne passera pas la journée.

Je m’aperçus que M. Hardinge n’était pas préparé à cette annonce. Il pâlit, et sa main tremblait pendant qu’il cachetait la lettre. Néanmoins je découvris plus tard qu’il l’avait envoyée.

— Si Dieu en a décidé ainsi dans sa sagesse, murmura l’excellent