Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/124

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il n’eut pas à attendre longtemps. La consciencieuse Beulah avait sérieusement consulté son cœur, et s’était avoué en rougissant son attachement pour Beekman. Le jour même de l’arrivée d’Evert, ils furent fiancés. Comme ce petit épisode n’a qu’un lien secondaire avec notre histoire, nous n’insisterons pas sur ce point plus qu’il n’est nécessaire au sujet principal. Ce fut une matinée bien employée, et s’il y eut beaucoup de larmes, il y eut aussi beaucoup de sourires. Dès que la famille se fut réunie sur la pelouse selon sa coutume, dans cette douce saison, toutes choses furent arrêtées entre Beulah et son fiancé, même le jour du mariage, et on eut encore le temps de s’occuper d’autre chose. Pendant que Pline le jeune et l’une des briseuses préparaient le thé, M. Woods engagea la conversation suivante, sur un sujet auquel il n’était cependant pas le plus intéressé :

— Nous apportez-vous quelque nouvelle de Boston ? demanda le chapelain ; je me tue à vous adresser cette question depuis deux heures, monsieur Beekman, sans pouvoir me faire entendre.

Ces paroles dites avec bonhomie, mais tout à fait innocemment, produisirent des sourires et des regards qui semblaient leur prêter l’intention qui n’y était pas. Evert Beekman prit cependant un air grave avant de répondre.

— Pour avouer la vérité, monsieur Woods, dit-il, les choses deviendront, je crois, très-sérieuses. Boston est entouré par des milliers de nos soldats, et nous espérons non-seulement retenir les forces du roi dans la péninsule, mais encore les chasser de la colonie.

— C’est une mesure téméraire, très-téméraire, monsieur Beekman, de prendre parti contre César.

— Woods nous a fait un sermon sur le droit de César pas plus tard qu’hier, Beekman, dit en riant le capitaine, et nous allons le voir ordonner avant peu des prières publiques pour le succès des armes britanniques.

— J’ai prié pour la famille royale, dit le chapelain avec feu, et j’espère pouvoir toujours continuer mes prières.

— Mon cher ami, je ne m’y oppose aucunement. Priez pour tous les hommes, quelle que soit leur condition, pour nos ennemis comme pour nos amis, et en particulier pour nos princes ; mais priez aussi pour que les cœurs de leurs conseillers soient changés.

Beekman paraissait embarrassé. Il appartenait à une famille de