Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/126

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Le capitaine dévint sérieux, mistress Willoughby inquiète, Beulah attentive et Maud pensive.

— Voilà qui me paraît grave, vraiment, dit le premier. Quand les hommes abandonnent leurs premières espérances pour s’imposer des obligations nouvelles, c’est qu’ils ont des vues cachées et ambitieuses. Je ne croyais pas qu’on pût en venir là.

— Nous espérions que le major Willoughby ferait de même. Je connais un régiment à sa disposition s’il voulait se joindre à nous. Personne n’y serait plus volontiers reçu. Nous allons avoir de notre côté Gates, Montgomery et plusieurs anciens officiers des corps réguliers.

— Le colonel Lee se mettra-t-il à la tête des forces américaines ?

— Je ne le pense pas, Monsieur. Il a une haute réputation et beaucoup d’expérience, mais il est si fantasque ; et, ce qui est quelque chose à nos yeux, il n’est pas né Américain.

— Il est tout à fait raisonnable d’avoir égard à de telles considérations, Beekman. Si j’étais du congrès elles m’influenceraient moi qui suis Anglais, et qui dans beaucoup de circonstances resterai toujours Anglais.

— Je suis content d’entendre ces paroles, Willoughby, s’écria le chapelain, elles me causent une juste joie. Un homme doit rester attaché aux devoirs que lui impose sa naissance, quels que soient les dangers à courir.

— Comment faites-vous alors pour concilier vos opinions avec les devoirs de votre naissance ? demanda le capitaine en riant.

Le chapelain fut un peu confus. Il était entré dans la controverse avec tant de zèle, qu’il avait maintenant les sentiments d’un zélé partisan du roi et comme il arrive assez souvent à de tels philosophes, il commençait à apercevoir tout ce qui s’opposait à ses opinions, et à exagérer tout ce qui pouvait les soutenir.

— Comment, s’écria-t-il avec plus de zèle que de fermeté, ne suis-je pas un Anglais selon les idées généralement reçues ? quoique né à Massachussets, ne suis-je pas de famille anglaise et sujet de l’Angleterre ?

— Hum ! dans ce cas Beekman, qui descend des Hollandais, n’est pas lié par les mêmes principes que les nôtres ?

— Non pas par les mêmes sentiments, c’est possible, mais sûrement par les mêmes principes. Le colonel Beekman est un Anglais de construction et vous un Anglais de naissance.