Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/129

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demoiselle Henriette, quoiqu’elle fût une belle fille et que cette décision dût contrarier mon oncle. Je fus un peu surpris de voir une légère rougeur sur les joues de Patt, et je me rappelai alors quelque chose comme le nom du voyageur Beekman. Me tournant vers Mary Warren, je vis clairement qu’elle était contrariée, parce que ma sœur l’était, et pour aucune autre raison.

— Votre grand’mère trouvera une chaîne pareille quand elle ira en ville ; cela vous fera oublier celle-ci, murmura-t-elle affectueusement à l’oreille de ma sœur.

Patt sourit et embrassa son amie avec une chaleur qui me prouva que ces deux charmantes personnes s’aimaient sincèrement. Mais la curiosité de ma chère grand’mère avait été éveillée, et elle tenait à la satisfaire. En me rendant la chaîne, elle me dit :

— Ainsi donc, monsieur, vous êtes parfaitement décidé à offrir cette chaîne à votre femme future ?

— Ya, matame, ou, pour être plus exact, à la cheune frau, afant que nous soyons mariés.

— Et votre choix est-il fait ? ajouta-t-elle en jetant un regard sur les deux jeunes filles qui étaient groupées autour des bijoux de mon oncle. Avez-vous choisi la jeune femme qui doit posséder cette belle chaîne ?

— Nein, nein, répondis-je en riant et en regardant aussi le groupe ; il y afait tant de pelles tames en Amérique, que che ne suis pas pressé. Che trouverai en temps celle à qui elle est destinée.

— Eh bien ! grand’mère, interrompit Patt, puisque personne ne peut avoir la chaîne qu’à de certaines conditions, voici les trois objets que nous avons choisis pour Henriette, Anna et moi : une bague, une paire de bracelets et des boucles d’oreilles. Le prix du tout est de deux cents dollars consentez-vous à cela ?

Ma grand’mère, maintenant qu’elle connaissait le colporteur, comprit toute l’affaire, et n’eut aucun scrupule. Le marché fut bientôt conclu, et elle nous fit sortir tous de la chambre, sous prétexte que nous la dérangerions pendant qu’elle compterait avec le colporteur. Son véritable motif, toutefois, était de rester seule avec son fils ; pas un seul dollar, comme de raison, n’étant échangé entre eux.