Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/133

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— Je ne m’étonne pas que les jeunes gens aient tant de peine à se marier ; ils deviennent tellement exagérés dans leurs goûts et leurs notions !

Un étranger aurait pu répliquer par quelque argument contre les vieux garçons mais je savais que mon oncle Ro avait été autrefois fiancé et que l’objet de sa passion lui avait été enlevé par une mort soudaine ; je respectais trop sa constance et ses véritables sentiments, pour me permettre aucune plaisanterie sur de tels sujets. Il comprit aussi, je crois, les motifs de mon silence, car il se montra aussitôt disposé à céder, et le prouva en changeant de conversation.

— Nous ne pouvons rester ici ce soir, dit-il ; ce serait proclamer nos noms, notre nom, devrais-je dire, nom qui était autrefois si honoré, si chéri dans cette ville, et qui, est maintenant si détesté !

— Non, non, cela ne va pas si loin ; nous n’avons rien fait pour mériter la haine.

— Raison de plus pour être détesté plus cordialement. Quand on injurie des hommes qui n’ont rien fait pour le mériter, celui qui accomplit le mal cherche à se justifier en calomniant la partie lésée ; et plus il trouve de difficultés à se justifier en lui-même, plus sa haine devient, profonde. Sois-en bien persuadé, nous sommes très cordialement détestés à l’endroit même où nous étions, tous deux très-aimés. Telle est la nature humaine.

À ce moment, John rentra pour voir où nous en étions et pour compter ses couteaux et ses fourchettes, car je le vis prendre cette mesure de prudence. Mon oncle entama avec lui la conversation.

— Cette bropriété être celle d’un chénéral Littlepage, dit-on ?

— Non pas du général, qui était le mari de madame Littlepage et qui est mort depuis longtemps, mais de son petit-fils, M. Hughes.

— Et où se troufe ce M. Hughes ? est-il près, est-il loin ?

— Il est en Europe, c’est-à-dire en Angleterre. — John croyait que l’Angleterre couvrait la presque totalité de l’Europe, quoiqu’il eût depuis longtemps perdu l’envie d’y retourner.

— M. Hughes et M. Roger sont tous deux absents de ce pays.

— C’être malheureux ; car on me dit qu’il y a aux environs beaucoup de troubles et de maufais Indgiens.