Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/253

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— Oui, reprit-elle, Seneky surtout est dans un état terrible, et pour l’apaiser, j’ai consenti à venir ici moi-même, à cette heure de la nuit, pour vous avertir de ce qui se prépare.

— C’est très-bien à vous, Opportunité, et comme il est si tard, ne feriez-vous pas mieux de me raconter de suite ce qui se passe, et puis de vous retirer dans une de nos chambres pour vous y reposer après une aussi pénible course ?

— Vous raconter ce qui se passe, je vais le faire ; car il est grand temps que vous l’appreniez ; quant au reste, il faut que je me remette promptement en selle et que je reprenne ma route dès que la lune sera couchée. Certainement Mary Warren et vous, vous garderez tous deux le silence sur ma visite, puisqu’elle a été faite pour votre bien.

Je promis pour Mary comme pour moi, et je pressai ma compagne de ne pas tarder plus longtemps à me donner les renseignements qui avaient occasionné une si longue course. Son affaire fut promptement racontée, et elle était d’une nature suffisamment alarmante. Une partie des faits me fut racontée par Opportunité elle-même, tandis que d’autres me vinrent plus tard de différentes sources.

Voici le résumé de toute l’affaire. Lorsque Sénèque suivit la bande des Indgiens et ses anti-rentistes dans leur retraite précipitée, ses révélations produisirent une consternation générale. On apprit que le jeune dissipateur de Paris était sur sa propriété ; qu’il s’était mêlé aux mécontents, avait appris beaucoup de leurs secrets, et avait probablement pris des notes sur quelques-uns des tenanciers dont les baux étaient sur le point d’expirer. Les coupables étaient à sa merci, et il y avait assez de bon sens parmi les conspirateurs pour comprendre qu’un homme qui voit qu’on veut lui dérober sa propriété ne serait pas disposé à une grande indulgence. Il fut en conséquence décidé, dans un conclave des chefs, qu’une plainte serait déposée contre mon oncle et moi devant un juge de paix anti-rentiste pour avoir paru déguisés et armés, en violation de la loi nouvelle. C’était un moyen de prévenir notre propre plainte contre les vrais coupables. Il est vrai que nous ne portions pas de masques ; mais nos déguisements étaient assez complets pour rentrer dans l’esprit de la loi, si nous avions été armés. Quant à cette dernière circonstance, nous avions eu bien soin de nous en abstenir ; mais un serment ne coûte rien à des