Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/85

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bard. L’avocat fut soulagé ; il prit la planchette et se mit l’entailler avec son canif, paraissant goûter dans ce singulier passe-temps un plaisir infini. Je ne puis expliquer le mystérieux ravissement que tant de gens éprouvent à entailler du bois, quoique cette habitude soit si répandue. Mais je ne puis non plus expliquer le plaisir que tant de gens éprouvent à chiquer ou à fumer. Toutefois la précaution de l’aubergiste était loin d’être superflue ; elle semblait même, à l’aspect du portique, absolument nécessaire, s’il voulait ne pas voir la maison crouler sur sa tête. Afin que ceux qui n’ont jamais vu de telles choses puissent comprendre, je crois leur devoir quelques explications.

La maison était construite en bois ; les montants et supports en sapin du Canada, avec les murailles en lattes et en plâtre. En cela, il n’y avait rien de remarquable ; dans beaucoup de pays en Europe on construit principalement en bois. Des maisons en pans de bois étaient très-communes jusqu’à ces dernières années, même dans les grandes villes. Je me souviens d’en avoir vu à Londres, adossées au célèbre bâtiment de Westminster-Hall et les mêmes matériaux ont servi pour le château en miniature tant renommé d’Horace Walpole, à Strawberry-Hill. Mais l’auberge de Mooseridge amenait quelques prétentions à l’architecture, outre qu’elle était trois ou quatre fois plus grande qu’aucune autre maison de l’endroit. Elle avait, comme je l’ai dit, un portique ; une auberge de village doit être bien misérable si elle n’en a pas. En outre, ses bâtiments accessoires étaient enduits de différentes couches de badigeon d’une couleur douteuse. Cependant les colonnes du portique et les poutres même des murailles montraient, à des signes certains, le danger qu’il y aurait à abandonner les entailleurs à leurs instincts. Des aigles aux ailes déployées, des pavillons américains, des inscriptions, des initiales, des noms entiers, des emblèmes patriotiques, étaient profondément entaillés de tous cotés. Mais le monument le plus remarquable de l’industrie des habitués se voyait sur une des colonnes, et encore c’était celle du coin, la plus nécessaire pour le support du bâtiment ; à moins cependant que la maison ne fût bâtie d’après le principe américain du siècle dernier, qui faisait soutenir la colonne par l’architrave, au lieu de soutenir l’architrave par la colonne. La colonne en question était, comme d’habitude, en sapin blanc, et à une hauteur convenable pour les entailleurs, elle était littéralement coupée aux deux