Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/87

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d’orateurs parlèrent sur ce sujet ; quelques-uns estimant la dépense à quinze dollars, l’autre la réduisant à cinq. Je fus frappé du calme et de la netteté avec laquelle chacun exprima son opinion, aussi bien que de la forme du langage. L’accent était uniformément provincial, même celui de Hubbard, et quelques expressions sentaient aussi l’amphigouri des journaux : mais, au total, c’était correct et parfaitement bien dit, eu égard à la classe des interlocuteurs. Hall, cependant, était celui qui me frappait le plus. Il parlait avec une précision et une connaissance de la mécanique qui aurait fait honneur à un savant, et avec une simplicité qui ajoutait à l’influence de ses paroles. Quelque remarque incidente me fit dire :

— Eh pien ! che pouvoir supposer qu’un Indien couberait ainsi cette colonne, mais je n’aurais pas supposé d’un homme planc.

Ces paroles rappelèrent la discussion sur l’anti-rentisme.

— Il paraît, après tout, que cette affaire marche toujours, dit Hubbard d’un air circonspect.

— Tant pis ! s’écria Hall ; on aurait pu y mettre fin en un mois, et il est honteux de la voir durer dans un pays civilisé.

— Vous avouerez, cependant, voisin Hall, que ce serait une grande amélioration dans la condition des tenanciers, s’ils pouvaient changer leurs baux en titres de propriété.

— Sans doute, et ce serait aussi une grande amélioration dans la condition de tout journalier dans ma boutique, s’il pouvait en devenir le maître. Mais ce n’est pas là la question : la question est de savoir quel droit a l’État de forcer un homme de vendre sa propriété s’il n’en a pas envie. La belle liberté que nous aurions, si nous possédions nos maisons et nos jardins sous une telle législation !

— Mais nous possédons, en effet, nos maisons, nos jardins et nos fermes sous une législation assez semblable, reprit l’avocat, qui, évidemment, respectait son antagoniste et ne s’avançait qu’avec prudence. Si l’État a besoin d’une terre quelconque pour un service public, il peut la prendre en la payant.

— Sans doute ; pour un service public, et c’est là toute la question. J’ai lu le vieux rapport du comité de la Chambre, et je ne puis souscrire aux doctrines qu’il renferme. La politique publique, en ce sens, ne signifie pas du tout le service public. Si l’on a besoin d’une terre pour une route, un fort, un canal, on peut la prendre en vertu de la loi, moyennant indemnité ; mais parce que dans un