Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 7, 1839.djvu/101

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paient la citadelle située plus bas étaient décidés à défendre au prix du plus pur de leur sang. Il est à peine nécessaire d’ajouter que cette forteresse, grossièrement construite, était l’endroit où Ismaël Bush s’était réfugié après le vol de ses troupeaux.

Le jour où nous nous trouvons maintenant transportés, le squatter, debout au pied du roc et appuyé sur son fusil, jetait sur le sol stérile qui le portait un regard où se peignaient tout à la fois le mépris et le désappointement.

— Il est temps que nous changions de nature, dit-il au frère de sa femme, qui était presque toujours à ses côtés, et que nous imitions les animaux ruminants, faute de pouvoir nous procurer la nourriture qui convient à des hommes et à des chrétiens. Vous ne seriez pas plus à plaindre, Abiram ; vous êtes un homme actif, et vous sauriez devancer le plus agile brouteur d’herbe.

— Il n’y a rien a faire de ce pays, reprit l’autre qui ne goûtait guère les plaisanteries forcées d’Ismaël, et il est bon de se rappeler que la route est longue pour qui s’amuse en chemin.

— Voudriez-vous que je traînasse un chariot après moi à travers ce désert, pendant des semaines, ou peut-être des mois entiers ? repartit Ismaël, qui, comme tous ceux de sa classe, savait déployer une énergie extraordinaire dans les moments d’urgence, mais dont l’apathie naturelle, trop rarement excitée, ne pouvait goûter une proposition qui demandait tant de travail. C’est bon pour ceux de votre espèce, qui vivent dans les habitations, de se hâter de regagner leurs demeures. Mais, grâce au ciel, ma ferme est trop vaste pour que son maître manque jamais d’un lieu de repos.

— Eh bien donc ! puisque vous aimez cette plantation, il ne s’agit plus que de faire la récolte.

— C’est plus aisé à dire qu’à faire dans cette partie du pays ; mais, Abiram, il faut que nous avancions encore, et cela pour plus d’une raison. Vous me connaissez ; vous savez que si je fais rarement un marché, du moins je remplis toujours mes engagements mieux que tous vos faiseurs d’actes et de contrats griffonnés sur des chiffons de papier. Il y a encore cent milles à faire, ou il n’y en a pas un, pour compléter la distance à laquelle je me suis engagé de vous conduire.

En disant ces mots, Ismaël leva les yeux vers la tente qui couronnait la cime de sa forteresse escarpée. Ce coup d’œil fut compris par son compagnon, qui répondit par un regard non moins